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mardi 21 avril 2009

Energie. La Caspienne : une mer, des enjeux

Par : Y. Mérabet*

La mer Caspienne pourrait devenir le prochain lieu de conflits internationaux. Une enclave au milieu de l'Asie centrale, oubliée de tous jusqu'à la fin de la guerre froide et de l'éclatement de l'ex-Union Soviétique. La récente découverte de gisements d'hydrocarbures et l'apparition de trois autres pays frontaliers en font une zone névralgique à intérêts tous azimuts.

La mer Caspienne

Située au sud du Caucase et au nord de l'Iran, la Caspienne, qui est la plus grande mer fermée du monde avec une superficie d'environ 374.000 km2, occupe une dépression de 1.000 km de long dans laquelle se déversent de grands fleuves comme la Volga et l'Oural. Elle dispose de ressources offshores en hydrocarbures qui, selon les dernières estimations, la situeraient derrière le Golfe persique et à égalité avec la mer du Nord, et est également réputée comme la principale zone de production mondiale de caviar. Jusqu'en 1991, l'URSS et l'Iran détenaient la majeure partie de ces richesses.

Depuis la disparition de l'Union soviétique, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan prétendent à une part des ressources énergétiques dont l'exploitation est confrontée à un double problème: le partage entre pays riverains, ce qui implique un nouveau statut de la mer Caspienne, et l'acheminement des hydrocarbures depuis une zone particulièrement enclavée, nécessitant de coûteuses infrastructures de transport. Malgré leur importance relative, les réserves en hydrocarbures de la mer Caspienne pourraient contribuer à répondre à la croissance des besoins mondiaux en énergie dans les dix ans à venir. La région de la mer Caspienne contiendrait entre 6% et 10% des réserves mondiales de gaz naturel.

L'Iran, l'entrave de l'enjeu

L'intérêt principal américain dans cette histoire est de diversifier ses approvisionnements en énergie afin d'avoir une alternative face aux pays de l'OPEP et de maîtriser les véhémences énergétiques chinoises sur les richesses de mer Caspienne. Dans le transport de ces matières premières qui ne se feront que par pipeline, les Etats-Unis sont confrontés au grave dilemme de passer par l'Iran, considéré comme une entrave pour l'économie américaine et dont la loi d'Amato (1996) prévoit de ne pas investir plus de 40 millions de dollars dans les hydrocarbures, autant dire rien du tout. Passage obligé des approvisionnements européens, mais aussi américains, en effet, traverser l'Iran reviendrait à réduire les coûts d'acheminement de manière drastique. Détourner l'Iran en passant par l'Afghanistan, c'est enliser le monde dans une guerre infernale et accentuer la crise économique mondiale. Le statut juridique de la Caspienne est un grave sujet de discorde entre les pays riverains, sur la question de savoir s'il s'agit d'une mer ou d'un lac. En effet, en droit international, l'utilisation des ressources d'un lac ne peut se décider qu'à l'unanimité des pays riverains, alors que chaque Etat riverain se voit attribuer des zones dont il est libre d'exploiter les ressources à sa convenance dans le cas d'une mer. De plus, s'il s'agit d'un lac, les richesses offshores sont réparties en cinq parts égales, alors que s'il s'agit d'une mer les eaux territoriales ne dépassent pas 12 miles, soit un peu plus de 22 km.

Lors du 2ème sommet des pays de la mer Caspienne, à Téhéran, les chefs d'Etat des cinq pays riverains de la Caspienne
Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Turkménistan, Russie- tentent de trouver un accord sur leurs frontières maritimes. L'Iran et le Turkménistan sont opposés à une attribution des eaux en fonction de la longueur des côtes, qui les désavantagent, et optent pour un partage de la mer en cinq parties égales. L'Azerbaïdjan et le Kazakhstan, qui possèdent, pour leur part, de longues côtes, refusent cette option. Ce sommet a été marqué par la présence, en Iran, du président russe Vladimir Poutine, 32 ans après celle de son prédécesseur, Léonid Brejnev, alors président de l'Union soviétique. La déclaration finale apporte un soutien implicite au programme nucléaire iranien et engage les participants à ne pas autoriser l'utilisation de leur territoire par un tiers, pour une agression contre l'un d'entre eux. La mer Caspienne est apparue, au cours de la dernière décennie, comme l'une des zones du globe les plus prometteuses en termes d'investissements et de développement pétroliers.

Cette mer intérieure, fortement enclavée, est le centre d'une très forte concurrence internationale tant pour le développement des gisements offshore que pour la maîtrise des voies d'accès à ces nouvelles ressources. Malgré leur importance relative, les réserves en hydrocarbures de la mer Caspienne pourraient contribuer à répondre à la croissance des besoins mondiaux en énergie dans les dix ans à venir.

Statut de la mer Caspienne

Les pays voisins de la Caspienne militent avec fraternité pour un statut correspondant le mieux à leurs intérêts du moment qui évoluent avec la localisation de nouveaux gisements. Qu'importe son appellation mer Caspienne ou lac Caspien.

-Si l'étendue d'eau est considérée comme une mer, alors, selon le droit maritime international, les ressources énergétiques doivent être mises en commun par les pays frontaliers. Ce statut arrange donc grandement les affaires russes pour qui le pétrole est la principale source de revenus (70% des recettes fiscales) et iraniennes qui restent une des voies privilégiés du passage des oléoducs.

- Si la Caspienne est considérée comme un lac, alors chacun des pays reçoit son lopin de propriété mais, manque de chance pour la Russie, la maigre partie attribuée dans ce cas serait vide de tout gisement. Cette codification juridique avantage évidemment les intérêts des trois pays déjà cités mais également des Etats-Unis pour qui ce bassin énergétique reste la dernière zone encore vierge que convoitent les Américains.

Les principaux acteurs

-1- La Russie, avec 5% des réserves mondiales de pétrole, dont les deux tiers des réserves se trouvent en Sibérie et l'autre partie dans la région de la Volga, maîtrise la technologie nécessaire au transport d'hydrocarbures. Son principal soucis, c'est de sécuriser les acheminements pétroliers et gaziers vers l'Europe, d'où le rôle central de la Géorgie par laquelle transite tout le pétrole et le gaz russe. Malgré l'effondrement du bloc communiste, la Russie reste très influente sur ses anciennes possessions, de la même manière que les Etats-Unis sur le front de l'Amérique Centrale, par l'apport de capitaux, l'effacement des dettes… L'objectif, bien évidemment inavoué et évident de la Russie, c'est de retarder la mise en valeur de ces gisements de la mer Caspienne avec le consentement de l'Iran pour éviter que les cours mondiaux ne chutent inévitablement et les recettes fiscales de la Russie et de tous les pays qui exploitent le pétrole de la Caspienne aussi.

-2- L'Europe qui s'enlise dans cette incertitude de pouvoir mener à bien le combat de la diversification des ses approvisionnements énergétiques, se cherche encore dans cette crise sous l'ombre protectrice des Américains. Les monopoles publics sur la distribution de gaz et d'électricité sont amenés à disparaître dans toute la communauté européenne. La déréglementation généralisée de ces services va donc permettre à d'autres fournisseurs de s'implanter sur un marché difficile. D'autres opérateurs concurrentiels des actuelles entités publiques vont devoir construire leurs propres infrastructures, donc trouver de nouveaux partenaires et débouchés en Afrique du nord, Afrique de l'Ouest et probablement dans la Caspienne.

-3- La Chine. Le rouleau compresseur économique chinois, 2è consommateur d'énergie derrière les Etats-Unis, est en train d'ériger le plus grand oléoduc transcaspien jamais construit: le projet Irkoutsk-Daqing. Ne pouvant compter sur la Russie, la Chine se voit accorder des investissements faramineux au Kazakhstan pour le développement de ce projet reliant les deux pays. Cette implantation en mer Caspienne revêt également d'un intérêt autre que financier: le Groupe de Shanghai (1996) a pour but d'évincer les Etats-Unis de cette région afin de faire poids face à l'Oncle Sam dans la course à l'or noir.

-4- Les Etats-Unis: L'intérêt principal américain dans cette histoire est de diversifier ses approvisionnements en énergie afin d'avoir une alternative face aux pays de l'OPEP et de maîtriser les véhémences chinoises. Dans le transport de ces matières premières, les Etats-Unis sont confrontés au grave dilemme de passer par l'Iran, considéré comme rogue state (état voyou) et dont la loi d'Amato (1996) prévoit de ne pas investir plus de 40 millions de dollars dans les hydrocarbures, autant dire rien du tout. En effet, traverser ce pays reviendrait à réduire les coûts d'acheminement de manière drastique. La loi Amato-Kennedy a été adoptée par le Congrès américain le 8 aout 1996 et vise les Etats progressistes arabo-musulmans qui s'opposent à la domination américano-occidentale et les Etats qui auront la volonté d'acquérir une arme nucléaire de dissuasion pour protéger leur économie et leur hostilité à Israël. Elle donne au président américain d'avantage de pouvoir dans l'application des sanctions économiques et lui donne le devoir de punir tout investissement supérieur à 40 millions de dollars par an, qu'il soit américain ou non, effectué. Les sanctions économiques, comme embargo et boycott, exercées généralement par les pays développés contre les PED pour les écraser, à cette loi s'ajoutent encore des actes plus terroristes pour plier les PED afin de s'accaparer de leurs richesses, c'est les pays les plus riches qui dictent leurs lois aux plus pauvres.

-5- Le Japon: 3è consommateur d'énergie au monde, la dépendance énergétique du Japon n'est plus à prouver. Ces nouveaux débouchés énergétiques caspiens intéresseraient donc fortement les îles nippones par la construction d'un oléoduc reliant Angarsk (Sibérie) à Nakhodka (extrême Est russe, relié à Yokohama). D'où une entente tacite entre les deux pays sur l'évolution du statut juridique de la mer Caspienne.

Conclusion

La Caspienne, un grand enjeu pétrolier dans lequel s'affrontent les grandes puissances internationales, fait de la mer Caspienne le casse-tête diplomatique de demain. Trois chemins de transport se profilent à l'horizon, le passage par l'Iran, la Russie ou la Turquie. Face à une pénurie qui se marque, une demande en pétrole de plus en plus forte et à l'augmentation de son prix, l'extraction du sol Caspien pourrait devenir la bombe à retardement géopolitique de ces prochaines années.


Y. Mérabet est Expert en énergie
Algerian Society For International Relations

Publie le 21 avril 2009 par nassim sur www.algerie-focus.com

lundi 20 avril 2009

Energie: la Chine se lance dans la "bataille" de la Caspienne

MOSCOU, 20 avril - RIA Novosti de Vedomosti/Kommersant. La Chine a octroyé au Kazakhstan un crédit de 10 milliards de dollars, pour moitié sous forme prêt du chinois CNPC au kazakh Kazmounaïgaz afin d'acheter à parts égales la société MMG à l'indonésien Central Asia Petroleum, lit-on lundi dans les quotidiens Vedomosti et Kommersant.

Les derniers accords entre Pékin et Astana font de la Chine le principal acteur étranger dans le secteur énergétique kazakh. Ils montrent en outre que dans un contexte de crise, le géant asiatique est prêt à redoubler d'efforts dans sa lutte contre la Russie et l'Occident pour les ressources de la Capsienne.

MMG, quatrième compagnie pétrolière privée du Kazakhstan, contrôle un tiers du marché de détail des produits pétroliers. La société possède 36 gisements pétroliers et gaziers (les réserves estimées se chiffrent à 812 millions de tonnes d'équivalent pétrole, les réserves récupérables - à 194 millions de tonnes). MMG appartenait formellement à Central Asia Petroleum jusqu'en janvier 2009, tandis que son propriétaire réel était, selon différentes sources, le gendre du président Nazarbaïev, Rakhat Aliev.

La deuxième tranche du crédit (5 milliards USD) sera octroyée par la Banque chinoise d'export-import à la Banque de développement de Kazakhstan en vue de projets dans le domaine des télécommunications, du transport, de l'agriculture et de l'éducation. Pékin participera également à la construction de la centrale thermique de Balkhach et de la route Europe occidentale - Chine occidentale.

Pékin et Astana ont signé un accord de coopération dans le domaine des hydrocarbures dès 1997. La Chine reste depuis lors un acteur de premier plan dans le secteur énergétique kazakh. L'argent chinois a permis de construire un gazoduc reliant le Kazakhstan central à la région autonome chinoise du Xinjiang. CNPC a acquis en 2006 le canadien PetroKazakhstan, qui produisait des hydrocarbures au Kazakhstan, pour 4,18 milliards de dollars.

Du Brésil à l'Angola en passant par le Venezuela, La Chine achète fébrilement des actifs énergétiques dans le monde entier, rappelle Leonid Vardomski de l'Institut d'économie de l'Académie russe des sciences. La Banque chinoise de développement a octroyé en février un crédit de 25 milliards de dollars aux russes Rosneft et Transneft. Pékin épaule en outre les autorités kazakhes "afin d'obtenir d'Astana carte blanche pour l'expansion ultérieure des compagnies chinoises dans le pays", commente Valeri Nesterov de la compagnie d'investissement Troïka dialog.

La part de MMG a intéressé auparavant d'autres compagnies étrangères, notamment Gazprom Neft. Contrairement à la Russie et l'Occident, les réserves de 1.900 milliards de dollars de la Chine lui permettent même dans un contexte de crise, de réaliser des offres très avantageuses aux pays d'Asie centrale.

Coopération Chine-Kazakhstan renforcée sur des affaires internationales

La Chine et le Kazakhstan ont convenu de promouvoir leur coopération stratégique sur des affaires internationales et régionales afin de créer des conditions extérieures plus favorables à leur développement, annonce une déclaration conjointe publiée le 17 avril.

Les 2 pays se sont engagés à faire progresser leur coopération au sein des plates-formes multilatérales, dont l'ONU, l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et la Conférence pour l'interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA), ce qui contribuera à la paix, à la stabilité et au développement du monde, indique la déclaration.

Elle réaffirme également que l'ONU joue un rôle important dans la sauvegarde de la paix et de la stabilité mondiales.

"La réforme de l'ONU doit permettre de renforcer la représentativité des pays en développement et d'assurer le droit de participation des petits et moyens pays à la prise des décisions de l'ONU", souligne la déclaration. Les 2 pays ont convenu de lutter ensemble contre les "3 forces du mal", à savoir le séparatisme, le terrorisme, l'extrémisme et contre les crimes transfrontaliers et le trafic de drogue, afin de faire face aux menaces sur la sécurité régionale et mondiale, selon la déclaration.

Les 2 pays poursuivront leur coopération étroite au sein de l'OCS et soutiennent le mémorandum d'entente signé entre cette dernière et la CICA, indique la même source.

Les 2 pays ont appelé la communauté internationale à aider l'Afghanistan à consolider son régime, à améliorer l'autorité de sa loi et à réaliser un redressement économique après la guerre, fait savoir la déclaration.

Elle indique en outre que la Chine comprend l'envie du Kazakhstan de rejoindre le forum régional de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN). La déclaration conjointe a été publiée à l'occasion de la visite en Chine du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev.

XINHUA/VNA/CVN
(20/04/2009)

La Russie marque un point dans le grand jeu gazier

Nabucco, qui concurrence le projet de gazoduc russe South Stream, risque d'être hypothéqué par les négociations en cours entre Gazprom et la compagnie nationale azerbaïdjanaise, GNKAR.

Par Said Djaafer, Alger, le 20 avril 2009 publié sur www.lesafriques.com

Les deux sociétés ont annoncé l'ouverture de discussions sur les « conditions d'achat et de vente de gaz azerbaïdjanais avec un début des livraisons en janvier 2010 ». Le Nabucco avait déjà reçu la mauvaise nouvelle du retrait d'un financement européen de 250 millions $ destinés à couvrir les frais d'études, mais la perte d'un fournisseur essentiel comme l'Azerbaïdjan le ruinerait définitivement.

Gazprom s'est assuré l'ensemble du potentiel d'exportation du Turkménistan, de l'Ouzbékistan et du Kazakhstan pour les années à venir afin de couper l'accès des sociétés européennes aux ressources de l'Asie centrale.

Nabucco est un gazoduc d'une capacité de 27 à 31 milliards de m3 par an, d'une longueur de 3300 km, passant de la ville turque d'Erzurum à Baumgarten en Autriche, et transitant par la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie. Le coût estimé du projet serait de 7,9 milliards d'euros. Les fournisseurs potentiels de gaz seraient le Turkménistan et l'Azerbaïdjan. Or, aucun de ces deux pays n'est associé au projet, ce qui est tout à fait singulier. Nabucco a été clairement conçu dans le but de contourner la Russie. Beaucoup d'Européens, les anciens pays de l'Est surtout, considèrent que Moscou joue un rôle trop important dans la satisfaction des besoins énergétiques de l'Europe. La crise russo-ukrainienne, qui a eu pour effet d'interrompre les livraisons de gaz naturel russe à l'UE pendant trois semaines, en janvier 2009, est citée en exemple. Les Russes sont bien entendu d'un autre avis et font valoir que le désaccord commercial avec l'Ukraine ne découle pas d'une quelconque volonté politique russe de priver de gaz, en plein hiver, son principal marché.

Projets d'évitement et riposte russe

Le Nabucco n'est pas le premier projet d'évitement de la Russie. L'oléoduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) contourne déjà la Russie et permet à l'Azerbaïdjan de livrer son brut en Turquie et au-delà. Face aux stratégies d'impulsion anglo-américaines, destinées à réduire son poids en tant que fournisseur majeur de l'UE, la Russie n'est pas restée inactive. Gazprom s'est assuré l'ensemble du potentiel d'exportation du Turkménistan, de l'Ouzbékistan et du Kazakhstan pour les années à venir, afin de couper l'accès des sociétés européennes aux ressources de l'Asie centrale. Les Russes ont également mis sur la table deux projets de gazoducs, South-Stream et North-Stream, pour contourner les pays de l'Est européen. Le North-Stream, d'une capacité de 55 milliards de m3, devrait être construit en 2011-2012 pour 7,3 milliards d'euros et relier la Russie à l'Allemagne. Le projet South-Stream, qui doit atteindre les marchés européens en passant sous la mer Noire, en est à un stade exploratoire. Dans un contexte de crise bancaire aigue, ces deux projets très onéreux achoppent sur la définition d'un schéma de financement.

Une vraie bataille

Une vraie bataille est en cours avec des enjeux décisifs. Pour Moscou, il s'agit de reconstruire une base de puissance en utilisant le seul levier susceptible de fournir les ressources nécessaires. A l'opposé, les Américains et les Britanniques, qui lorgnaient durant le règne des oligarques éltsiniens sur les réserves sibériennes, mettent l'accent, depuis les années Poutine, sur le péril russe. L'enjeu est aussi bien économique que politique. Pour les Russes, la politique de réappropriation du domaine des hydrocarbures mise en œuvre, parfois brutalement, par Poutine, leur a évité le pire. Un ancien vice-premier ministre russe a même affirmé que son pays n'a évité la « spoliation » de ses hydrocarbures que parce qu'il disposait d'un arsenal nucléaire. Le contrôle – la « sécurité » – des flux énergétiques est un élément essentiel de la stratégie des puissances. Si la Russie parvient à enterrer définitivement le Nabucco, elle aura marqué un point majeur dans le grand jeu gazier.

Après une offensive discrète au Kazakhstan, la Chine lorgne les terres russes inexploitées

L'affaire avait soulevé une polémique dès 2003 : l'annonce, par le quotidien China Daily, de la location par la Chine de terres arables au Kazakhstan voisin avait d'abord obligé les autorités kazakhes à démentir l'information. Un tel projet a pourtant bel et bien été lancé : plus de 7 000 hectares de terres ont été attribués à une société mixte sino-kazakhe, et plus de 3 000 paysans chinois ont pris la route de la région d'Alakol, à la frontière chinoise, pour exploiter des champs de soja et de blé.

Mais devant le malaise suscité par cette location — sur dix ans — d'une parcelle du territoire national, le gouvernement kazakh a toujours préféré faire preuve de discrétion à ce sujet. Le pays ne reconnaît que cinq endroits utilisés par des puissances étrangères sur son sol : il s'agit de zones militaires "prêtées" à la Russie depuis l'effondrement de l'Union soviétique, à l'instar de la base spatiale de Baïkonour.

Officiellement, les terres arables louées à la Chine n'existent donc pas. C'est que les autorités kazakhes craignent la réaction de la population rurale devant la "concurrence déloyale" représentée par l'arrivée en masse de paysans chinois, dont l'équipement agricole est supérieur au vieux matériel soviétique encore utilisé sur la plupart des exploitations kazakhes.

Pour la Chine, qui souffre d'une pénurie de terres cultivables, l'attrait de ces régions d'Asie centrale est évident. Dans la région chinoise d'Ili, située de l'autre côté de la frontière kazakhe, 1,7 million de paysans se disputent quelque 267 000 hectares de terres.

Selon les estimations du ministère chinois de l'agriculture, le pays produira, en 2015, environ 20 millions de tonnes de soja, soit seulement 40 % de ses besoins annuels. Du coup, Pékin s'intéresse non seulement aux plaines d'Asie centrale, mais également aux terres vierges du grand voisin russe....

la suite sur : http://farmlandgrab.org/2917

Alexandre Billette sur Le Monde le 20.04.09

vendredi 17 avril 2009

Crise de l'eau en Asie centrale: l'égoïsme national contre la sécurité énergétique

Par Dmitri Evlachkov, RIA Novosti le 17 avril 2009

Le problème du gaz naturel et de l'eau en Asie centrale est évoqué ces jours derniers avec beaucoup d'insistance, et ce au plus haut niveau. La bataille globale pour les ressources de cette région richissime prend de l'ampleur.

Plusieurs rencontres significatives ont eu lieu la semaine dernière dans les capitales des Etats d'Asie centrale. Le président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, a reçu à Astana le patron de Gazprom, Alexeï Miller. Selon des sources gouvernementales, les deux hommes ont examiné la coopération russo-kazakhe dans le secteur gazier, et plus précisément les perspectives du doublement de la capacité de transport prévue du gazoduc de la mer Caspienne. Il a également été question de l'achat de gaz kazakh par la Russie et de la création d'une coentreprise afin de mettre en valeur conjointement des gisements de gaz prometteurs. Le premier ministre kazakh, Karim Maximov, s'est rendu quant à lui à Tachkent pour rencontrer le président ouzbek, Islam Karimov. Derrière la formule protocolaire "les deux parties ont procédé à un échange de vues sur �", transparaît clairement la priorité accordée à la coopération bilatérale dans la production gazière.

C'est peut-être un hasard, mais une explosion s'est produite récemment sur un tronçon du gazoduc Asie Centrale-Russie centrale, à la veille d'une réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères des pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants), qui s'est tenue à Achkhabad. Cet incident a failli saper les rapports russo-turkmènes et a servi de prétexte au président turkmène Gourbangouly Berdymoukhammedov pour formuler des accusations contre une filiale de Gazprom.

Le réseau de gazoducs du Turkménistan "lâche" périodiquement, en moyenne deux fois par an. La Russie est accusée d'être à l'origine de ces pannes. Il est à noter que le Turkménistan essaie de politiser ce problème, qui revêt un caractère purement économique, intérieur à ce pays, et de justifier le fait qu'il élude, depuis des années, la question de la modernisation de ses infrastructures héritées de l'URSS.

Il en va de même, au demeurant, pour les autres anciennes républiques soviétiques. Au plus fort de la crise, les nouveaux Etats indépendants d'Asie centrale ont tendance, dans leur quasi-totalité, à rendre la Russie responsable de leurs déboires intérieurs. Ce faisant, ils mettent en avant des problèmes pourtant purement intérieurs, dans l'espoir d'un marchandage politique ou économique avec la Russie.

Ces derniers temps, c'est le Tadjikistan qui se distingue à cet égard. Dans les colonnes de la presse locale, reviennent régulièrement des accusations contre la Russie: par exemple, Moscou a octroyé de l'argent aux Kirghiz pour construire de nouvelles centrales hydroélectriques, mais n'a rien donné aux Tadjiks. Rappelons tout de même que la Russie a décidé d'accorder 1,7 milliard de dollars au Kirghizstan pour l'édification de la grande centrale hydroélectrique de Kambaratin, sur le cours supérieur du Syr Daria. La première tranche de cette somme arrivera à Bichkek dans les prochains mois. Douchanbé (capitale du Tadjikistan) attendait également un pareil geste de Moscou. Mais la crise a brouillé les cartes. A présent, le président tadjik Emomali Rakhmon mène des pourparlers avec l'Union européenne dans l'espoir de s'assurer de son soutien financier. Et il fait également des avances à Washington.

On est en présence de toute la malice orientale: la mise en service de la première turbine de la centrale hydroélectrique de Sangtouda, construite avec l'assistance de la Russie, est prévue au Tadjikistan pour le mois de mai, en présence des présidents Emomali Rakhmon et Dmitri Medvedev. Cependant, l'indépendance énergétique du Kirghizstan et du Tadjikistan déplaît aux autorités des Etats situés le long des cours inférieurs des fleuves transfrontaliers: elles y voient une menace pour les intérêts de leurs compagnies privées. Il n'est pas fortuit que des entretiens téléphoniques tripartites entre les dirigeants du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan et du Turkménistan aient eu lieu récemment. Ils avaient pour but d'élaborer une position commune face aux ambitions hydroénergétiques de Bichkek (Kirghizstan) et Douchanbé (Tadjikistan).

Tout cela se fait sous le prétexte de "sauver l'Aral". Ainsi, un sommet des chefs d'Etat des pays membres de la Fondation internationale pour la protection de la mer d'Aral sera convoqué fin avril à Alma-Ata. Tachkent, Astana et Achkhabad pourraient y constituer un front uni pour contrecarrer les ambitions du Tadjikistan et du Kirghizstan de développer leur propre réseau de centrales hydroélectriques.

"Il s'agit d'une substitution de notions, propre à la "diplomatie centrasiatique contemporaine de l'énergie et de l'eau", a déclaré à RIA Novosti, le chef du département Asie centrale et Kazakhstan de l'Institut des pays de la CEI, Andreï Grozine. Prenons le problème de la mer d'Aral. L'Ouzbékistan est, pour beaucoup, responsable de l'apparition de ce problème. A l'époque soviétique, des millions d'hectares de terres arides de la steppe de la Faim avaient été irrigués dans cette république pour y assurer des récoltes "inouïes" de coton. Au bout du compte, les eaux de l'Amou Daria et du Syr Daria, des fleuves qui prennent leur source dans les montagnes du Tadjikistan et du Kirghizstan, ont diminué au point de disparaître, littéralement, dans le sable".

Dans le même temps, le système d'irrigation de l'Ouzbékistan est demeuré pratiquement inchangé depuis l'époque soviétique. Il est usé jusqu'à la corde, et sa modernisation nécessiterait d'énormes investissements.

"Tous les spécialistes savent pertinemment que le système d'utilisation de l'eau en Ouzbékistan est un des plus barbares qui soient au monde, poursuit Andreï Grozine. Il est difficile de trouver des régions du globe où l'on puisse voir quelque chose de semblable. La manière dont les Ouzbeks dépensent l'eau d'irrigation relève du pur gaspillage".

L'Asie centrale connaît actuellement un pic climatique de sécheresse. D'après les prévisions des spécialistes, cette période peut durer encore trois à cinq ans. Les réserves d'eau douce dans les réservoirs stratégiques du Kirghizstan et du Tadjikistan ne cessent de baisser. Ainsi, l'arrivée de l'eau dans le réservoir de Toktogoul a diminué de 18% par rapport au niveau de l'année dernière. Le manque catastrophique d'eau dans un proche avenir se répercutera négativement sur les rapports de Bichkek et Douchanbé avec leurs voisins. Pourtant, ils devront construire de nouvelles centrales hydroélectriques: compte tenu du manque d'énergie, c'est la seule issue pour le Kirghizstan et le Tadjikistan. C'est dans ce contexte que l'Europe unie verse de l'huile sur le feu. Pierre Morel, le représentant spécial de l'Union européenne pour les pays d'Asie centrale, a récemment déclaré à Douchanbé que les Etats de la région devraient renoncer à la construction de nouvelles centrales hydroélectriques.

Dans le nouveau contexte, il faut s'abstenir de construire d'énormes barrages, comme cela a été fait à l'époque soviétique, car ils sont très dangereux pour l'environnement, a déclaré Pierre Morel. Pour satisfaire les besoins en énergie des Etats de la région, il faut, a-t-il dit, construire de petites centrales hydroélectriques, qui demandent moins d'investissements et dont la construction est bien plus rapide.

"Depuis un an et demi ou deux, nos amis européens s'emploient activement à engager un dialogue sur l'eau en Asie centrale et se présentent comme un arbitre possible, un arbitre, affirment-ils, totalement désintéressé et impartial, ajoute Andreï Grozine, commentant les propos du diplomate européen. Cette aspiration à jouer le rôle d'arbitre est louable. Cependant, l'expérience de répartition de l'eau et de concertation des problèmes hydriques inspirée des fleuves transfrontaliers d'Europe ne convient pas, à mon avis, à l'Asie centrale. Le Danube est une chose, l'Amou Daria et le Syr Daria en sont une autre. Il est impossible d'appliquer aux deux grands fleuves d'Asie centrale la législation régissant les problèmes des fleuves transfrontaliers, ne serait-ce que parce qu'ils prennent leur source sur le territoire du Tadjikistan et du Kirghizstan. Formellement, aussi bien Bichkek que Douchanbé ont le droit de construire sur ces fleuves tout ce qu'ils jugent nécessaire".

Mais si l'on s'en tient à cette approche, des conflits très graves risquent d'éclater dans cette région importante. Les Etats d'Asie centrale ont beau déclarer qu'ils sont capables de résoudre eux-mêmes ces problèmes pressants, le fait est que depuis leur accession à l'indépendance, ils n'ont pu se rapprocher de la création d'un régime commun d'utilisation de l'eau. L'égoïsme national l'emporte sur les considérations de rationalité économique et de sécurité régionale. On connaît les résultats: deux fois par an - au printemps et à l'automne - des "guerres de l'eau", pour l'instant virtuelles, éclatent dans la région. Dans les conditions de la crise économique et du déficit énergétique global, elles ne peuvent que s'aggraver.

Le règlement radical, fondamental, des problèmes énergétiques et hydriques de la région est nécessaire pour empêcher que la situation ne dégénère. "Dans ce contexte de crise profonde du système énergétique des pays d'Asie centrale, ceux-ci devraient s'unir et élaborer un plan d'investissement commun pour rétablir les systèmes énergétiques de la région, en recourant au maximum aux ressources financières et techniques de la Russie", estime Aza Migranian, un docteur en économie de Bichkek.

Une nouvelle tentative d'union en vue d'assurer la sécurité énergétique commune aura probablement lieu fin avril à Achkhabad, où le président turkmène Gourbangouly Berdymoukhammedov a convoqué une grande conférence internationale sur ces problèmes.

Le processus d'utilisation commune de l'eau en Asie centrale, de même que le règlement des problèmes de la sécurité énergétique régionale nécessitent un financement venant de l'extérieur. Qui l'assurera: l'ONU, l'UE, la Russie? Cela dépendra de la conjoncture politique.

Renforcement des liens Chine-Kazakhstan

Le Président Hu Jintao a accueilli le Président kazakh Nursultan Nazarbayev,en visite officielle à Beijing. Cette visite de 5 jours répond à l'invitation du Président chinois.

Le haut législateur Wu Bangguo s'est entretenu avec M. Nazarbayev. M. Wu a déclaré que la Chine désirait travailler avec le Kazakhstan pour renforcer la coopération régionale dans divers domaines, comme l'énergie, les transports, le développement minier et les constructions d'infrastructure. M. Nazarbayev a déclaré que son pays attachait une grande importance aux contacts entre les communautés commerciales des deux pays. Il a ajouté que le Kazakhstan soutenait les entrepreneurs apportant une coopération bénéfique mutuelle. M. Nazarbayev participera au Forum de Bo'ao 2009, dans la province insulaire du Hainan.