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jeudi 23 avril 2009

Le Kazakhstan renforce la lutte anticorruption

ASTANA, 23 avril - RIA Novosti. Le Kazakhstan durcit la lutte contre la corruption et renforce les exigences envers les fonctionnaires publics, stipule une ordonnance du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev rendue publique jeudi.

"Il faut prévoir des mesures pour stimuler le comportement anticorruption des citoyens, comprenant notamment des encouragements pour les gens qui aident à empêcher et à dévoiler les infractions dans le domaine de la corruption", lit-on dans l'ordonnance présidentielle.

De nombreux scandales liés à la corruption secouent la république ces deux derniers mois: quatre fonctionnaires de haut rang ont été arrêtés, dont le ministre de l'Environnement Nourlan Iskakov.

Selon l'ONG anticorruption Transparency International, le Kazakhstan s'est classé 150e sur 180 pays pour le niveau de la corruption en 2007.

L'Union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan est ouverte à toute la CEEA

MOSCOU, 23 avril - RIA Novosti. L'Union douanière regroupant la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan est ouverte aux autres pays membres de la Communauté économique eurasiatique (CEEA), a déclaré jeudi le premier ministre russe Vladimir Poutine.

"Ces derniers temps, nous avons réalisé de sérieux progrès dans la mise au point de la base juridique de l'union: le paquet d'accords réglementant ses activités comprend actuellement 37 documents. Nous espérons que les autres membres de la CEEA viendront nous rejoindre à l'avenir. Nous sommes parfaitement ouverts et souhaitons un élargissement de la troïka", a assuré M. Poutine lors d'une réunion du bureau du gouvernement russe.

La Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan ont signé en 1995 un accord instituant une union douanière. L'union prévoit la création d'un espace commun exempt de droits de douane et de restrictions économiques, à l'exception de mesures spéciales antidumping et de subventions compensatoires. Les pays signataires se sont également engagés à appliquer un tarif douanier unique et d'autres mesures conjointes servant à réguler leur commerce avec les tiers. L'union douanière doit se constituer définitivement fin 2009.

"Le lancement de l'Union douanière stimulera considérablement les flux réciproques de marchandises, les projets d'investissement conjoints et la coproduction, ce qui nous aidera à renforcer nos mesures anticrise, à créer de nouveaux emplois et à ouvrir de nouveaux marchés", a souligné le chef du gouvernement russe.

Asie centrale: un gazoduc évitant la Russie ?

Par Andrei Grozine, chef du département Asie centrale et Kazakhstan de l'Institut des pays de la CEI, pour RIA Novosti (23/ 04/ 2009)

La sonnette d'alarme vient de retentir pour Gazprom: d'importantes ressources pétrolières et gazières du Kazakhstan sont passées sous le contrôle de compagnies publiques chinoises. Pékin accorde un crédit de 10 milliards de dollars à Astana (capitale du Kazakhstan), en échange d'une participation à d'importants projets énergétiques et d'infrastructure dans ce pays. La CNPC chinoise (China National Petroleum Corporation) prévoit d'acheter la moitié de la compagnie Manguistaoumounaïgaz au monopole gazier kazakh Kazmounaïgaz. Poursuivant son expansion pétrolière et gazière, la Chine atteint ainsi directement le littoral de la Caspienne qui, comme on le sait, fait partie de la zone des intérêts nationaux et géostratégiques de la Russie.

La politique d'Astana penche ces derniers temps en faveur d'une extension de la présence de la Chine dans l'économie kazakhe. Un tiers du pétrole produit au Kazakhstan, soit plus de 20 millions de tonnes par an, appartient déjà aux compagnies chinoises. Cela fait visiblement l'affaire des autorités du Kazakhstan, sa coopération avec l'"Empire céleste" lui permettant de diminuer sa dépendance, que ce soit vis-à-vis des compagnies occidentales, en ce qui concerne les conditions d'investissement, ou de l'influence de la Russie sur le transit des combustibles vers les marchés mondiaux.

Cependant, il ne faut pas oublier que la coopération économique de Pékin avec les pays étrangers (y compris le Kazakhstan) vise uniquement à atteindre les objectifs du développement de l'économie chinoise. La somme de 10 milliards de dollars est insignifiante pour la Chine, compte tenu de ses réserves, qui avoisinent les 2.000 milliards de dollars. Le problème qui préoccupe aujourd'hui Pékin est plutôt de savoir où investir avantageusement cet argent. Dans le même temps, avec ces nouveaux accords sino-kazakhs, la Chine accède à des ressources très importantes. Manguistaoumounaïgaz possède 36 gisements, dont 15 sont en exploitation. Selon les estimations des experts, les ressources de pétrole dont dispose cette compagnie kazakhe se montent, au total, à 1,32 milliard de barils, ce qui représente, en prix actuels, environ 65 milliards de dollars. Par conséquent, la CNPC recevra environ 16,3 milliards de dollars.

L'acquisition des actifs de Manguistaoumounaïgaz par la CNPC va renforcer les positions chinoises et affaiblir celles de la Russie et de l'Occident dans le secteur énergétique kazakh. La Chine devient non seulement un acteur majeur sur le marché régional, mais aussi le détenteur d'importantes ressources lui permettant de rectifier en sa faveur la stratégie pétrolière du Kazakhstan.

Il faut que la Russie réfléchisse très sérieusement à ce tournant dans la politique multivectorielle de son allié stratégique.

Les événements de ces dernières semaines témoignent, globalement, d'une nouvelle escalade de la lutte mondiale pour l'héritage énergétique postsoviétique. Par exemple, la polémique qui se poursuit entre le Turkménistan et la Russie au sujet de l'explosion de gaz sur le gazoduc Asie centrale-Centre montre que le rapport des forces géopolitiques dans la lutte pour les ressources énergétiques du bassin de la Caspienne subit des changements qui ne sont certainement pas en faveur de la Russie.

Il est parfaitement évident que cet accident est le résultat du mauvais entretien du gazoduc et de réparations mal faites. De telles explosions se produisent au Turkménistan à peu près une fois par semestre, sans être abondamment commentées. Le gouvernement turkmène est tristement connu pour négliger l'entretien des gazoducs. Il n'est pas exclu qu'il soit le principal responsable de ce qui est arrivé.

Cependant, les dirigeants turkmènes ont politisé à l'extrême ce banal incident technique. Achkhabad (capitale du Turkménistan) n'en démord pas: il s'agit, selon lui, d'un acte de sabotage perpétré par la Russie.

Ces accusations s'expliquent par la lutte invisible qui se mène pour les prix du gaz exporté. Le Turkménistan craint de perdre le niveau de prix sur lequel il s'est entendu avec la Russie en 2008. Le prix payé par Gazprom pour le gaz turkmène se fonde depuis plusieurs mois sur la formule des évaluations adoptées sur le marché européen. Les volumes des livraisons de gaz dépassant considérablement, dans les conditions de la récession globale, ceux de la consommation, Achkhabad doit se préparer à une réduction substantielle de ses exportations. A l'été ou à l'automne 2009, les prix commenceront à baisser sensiblement. Et Gazprom ne sera plus disposé à payer le prix fort pour ce combustible, comme il le faisait auparavant.

Le consortium russe se heurte visiblement à des problèmes de plus en plus difficiles. Il a accumulé de gros excédents de gaz: en 2008, les réserves de la compagnie se sont accrues de 11%. La demande continuant à diminuer, ses excédents de gaz vont augmenter cette année à un rythme rapide.

Pour toute une série de raisons, l'arrêt des livraisons en provenance du Turkménistan est actuellement avantageux pour Gazprom. Cela lui permet de réduire le volume de ses réserves disponibles et d'économiser un peu. Selon les experts, durant le premier trimestre de cette année, le gaz turkmène était vendu à Gazprom, à la frontière avec l'Ouzbékistan, 310 à 315 dollars les 1.000 mètres cubes.

Les dirigeants turkmènes veulent fixer un prix qui accroîtrait au maximum leurs chances de réaliser des bénéfices. Mais Gazprom ne se presse pas, compte tenu des prévisions de baisse prochaine des prix. Ses responsables ont peur de conclure une nouvelle transaction désavantageuse qui conduirait, au final, à des pertes. La position de la compagnie repose sur une certitude: le Turkménistan n'a pas aujourd'hui d'autre choix que la Russie pour ses exportations.

Et pourtant, Le président Gourbangouly Berdymoukhammedov a reçu récemment à Achkhabad une délégation du consortium allemand RWE, qui participe au projet de gazoduc Nabucco. A l'issue de la rencontre, le président de l'Agence nationale de gestion des ressources d'hydrocarbures, Iachgueldy Kakaïev, et le directeur général de la compagnie allemande, Jürgen Grossmann, ont signé un mémorandum de coopération à long terme. Bien qu'un mémorandum ne soit pas un accord ni, a fortiori, un contrat, ces négociations entre Européens et Turkmènes marquent une nouvelle étape pour les dirigeants d'Achkhabad. Gourbangouly Berdymoukhammedov manifeste clairement sa volonté de rechercher d'autres acheteurs pour ses hydrocarbures.

Si le contentieux entre le Turkménistan et la Russie devait se prolonger, Achkhabad pourrait exprimer le désir de s'engager à exporter de grandes quantités de gaz par le gazoduc Transcaspien (TKT), dont l'idée de la construction est soutenue ardemment par les Etats-Unis.

Pour l'instant, le calme avec lequel Moscou observe la réaction émotionnelle turkmène témoigne de sa foi inébranlable dans les atouts russes, atouts que rien n'est censé abattre. Mais il vaudrait bien mieux que cette foi ne soit pas fondée sur des raisonnements abstraits. D'autant que les dirigeants du monopole gazier russe, qui ont mal apprécié les tendances du marché mondial et la dynamique des prix des matières énergétiques, ont déjà "fait une gaffe". Ils tentent maintenant de redresser la situation en faisant passer leurs relations avec Achkhabad, fixées par un contrat, dans la catégorie des circonstances de force majeure.

Ne ressort-il pas de tout cela qu'en mettant l'accent sur l'orientation exclusive de leur société vers l'Europe, les dirigeants de Gazprom ne renforcent pas l'influence de la Russie en Asie centrale, et qu'en se concentrant sur des objectifs tactiques, ils laissent échapper, pour ne pas dire plus, les intérêts stratégiques de la Russie dans cette région d'une importance cruciale?

Les revenus assurés par le contrat conclu avec le consortium russe sont aujourd'hui la seule source importante de rentrées du budget turkmène. Achkhabad a beau se vanter de pouvoir "supporter le blocus gazier russe", ce n'est que du verbiage. Achkhabad n'a personne à qui vendre son gaz. Or, sans les recettes provenant de son exportation, le budget du pays ne sera pratiquement plus alimenté.

Outre la pénurie financière qui peut affecter les dirigeants turkmènes en cas d'arrêt prolongé des achats de gaz par Gazprom, d'autres facteurs jouent également en faveur de la position russe.

Premièrement, le Turkménistan ne dispose pas d'infrastructure pour acheminer le gaz des gisements de l'Est du pays jusqu'au littoral de la Caspienne.

Deuxièmement, l'absence de règlement du problème du statut de la Caspienne est un obstacle à la construction du TKT. La situation est si complexe, autour de cette question, que des conflits armés locaux ont failli éclater. Qui plus est, la flottille militaire russe de la Caspienne surpasse, en puissance, les forces réunies des autres pays du bassin.

Troisièmement, le TKT ne peut avoir de débouché que par le territoire de l'Azerbaïdjan. Or, les rapports entre Bakou et Moscou se sont considérablement réchauffés ces derniers temps: le président russe Dmitri Medvedev s'est entretenu avec son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliev des perspectives de vente du gaz du gisement de Shah Deniz-2 à des compagnies russes.

Si Moscou jugeait nécessaire d'employer un large éventail d'instruments en vue d'influer sur le Turkménistan, l'"image politique" de cet Etat pourrait changer brusquement. La question est de savoir si Moscou a besoin de prendre des mesures extrêmes pour défendre les intérêts particuliers d'une structure certes puissante, mais tout de même commerciale. Dont environ un quart des actifs, soit dit en passant, n'appartient pas à la Russie.

De brusques perturbations au Turkménistan risqueraient d'entraîner un glissement vers l'instabilité de l'Asie centrale dans son ensemble. Dans ce cas, le total des avantages éventuels serait bien inférieur à celui des inconvénients. Conscients de cela, les dirigeants russes marquent leur volonté de trouver, exclusivement sur la base d'un compromis, une issue à cette situation embarrassante engendrée par les intérêts divergents d'Achkhabad et de Gazprom.

Le premier ministre Vladimir Poutine a demandé au vice-premier ministre Igor Setchine, en charge du complexe russe combustibles-énergie, et au président du directoire de Gazprom, Alexeï Miller, d'"entretenir des contacts étroits et de concerter toutes les actions avec nos partenaires stratégiques, en premier lieu ceux d'Asie centrale". Les prochaines négociations avec les partenaires turkmènes sont prévues pour les 23 et 24 avril dans le cadre d'une grande conférence sur la sécurité énergétique, qui se tiendra à Achkhabad. Ces négociations, à l'évidence, ne s'annoncent pas faciles.

mercredi 22 avril 2009

Gazoduc de la Caspienne: le Kazakhstan lance le processus de ratification

ASTANA, 22 avril - RIA Novosti. Le Majilis (chambre basse du parlement kazakh) a approuvé la ratification de l'accord entre les gouvernements kazakh, russe et turkmène sur la coopération dans la construction du gazoduc de la Caspienne, rapporte l'agence News-Kazakhstan.

"Nous envisageons de transporter en 2010 deux milliards de mètres cubes de gaz sur cet itinéraire, et pour le moment nous élaborons l'étude de faisabilité du projet. D'ici novembre nous allons terminer la partie kazakhe du projet", a annoncé à la presse le ministre kazakh de l'Energie et des Ressources naturelles Sanat Mymbaïev.

"La partie active de la construction du gazoduc débutera en 2010 avec la réparation des anciennes capacités", a poursuivi le ministre.

La Russie, le Kazakhstan et la Turkménie ont signé le 20 décembre 2007 un accord sur la construction du gazoduc de la Caspienne. Il devra acheminer le gaz des gisements de la mer Caspienne, du Turkménistan et du Kazakhstan vers la Russie.

Selon des experts, le gazoduc devrait atteindre 1.700 kilomètres.

L'ex-URSS va connaître la plus forte récession des régions émergentes

WASHINGTON - La Russie et les pays de l'ex-bloc soviétique, qui ont connu des rythmes de croissance très porteurs avant la crise, vont devoir affronter en 2009 la plus importante récession de toutes les régions émergentes, estime le Fonds monétaire international (FMI).

"Parmi toutes les régions de l'économie mondiale, les pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants, ex-URSS moins les trois pays Baltes et la Géorgie, ndlr) devraient éprouver les plus importants retournements de tendance à court terme", écrit le FMI dans son rapport semestriel sur les perspectives économiques mondiales, publié mercredi.

L'économie de la zone devrait ainsi se contracter de 5,1% en 2009, la baisse la plus importante "de toutes les régions émergentes", avant de rebondir de 1,2% en 2010. Elle avait connu des taux de croissance de +8,6% en 2007 et 5,5% en 2008.

La zone a été durement affectée par "trois chocs majeurs: les turbulences financières qui ont nettement restreint l'accès aux financements extérieurs, l'effondrement de la demande des économies avancées, et en lien avec ceci la chute des cours des matières premières, notamment dans l'énergie", explique le Fonds.

"Bien que de nombreuses économies de la CEI soient mieux armées pour surmonter une crise qu'elles ne l'étaient après le défaut sur la dette de la Russie en 1998, la retombée sera sévère", prédit le FMI.

L'Ukraine sera la plus affectée par cette récession, avec -8% prévus pour 2009. Pour la Russie, le Fonds anticipe un recul de 6% en 2009, avant une légère reprise de +0,5% en 2010. Les autorités russes tablent de leur côté officiellement sur une baisse du PIB de 2,2% cette année.

La crise a révélé la forte dépendance de ces pays vis-à-vis des financements extérieurs et des devises étrangères, souligne le FMI. Plusieurs Etats, comme la Russie ou le Kazakhstan, ont dû procéder à d'importantes dévaluations, avec leur lot de conséquences.

"Le problème auquel ces économies font face est que la dépréciation rapide de la monnaie accroît le fardeau de la dette pour les entreprises non financières qui ont emprunté dans des devises étrangères", relève ainsi le Fonds.

"Dans ces circonstances, le soutien de l'Etat au système bancaire est fondamental", selon le FMI, qui estime "crucial" d'examiner minutieusement les comptes des établissements financiers, pour déterminer quelles banques il est préférable de recapitaliser.

"Compte tenu d'un soutien public important pour les banques et de conditions difficiles sur les marchés de capitaux, la marge pour une politique de relance est limitée dans la plupart des pays de la CEI", conclut le Fonds.

(©AFP / 22 avril 2009 15h10)

mardi 21 avril 2009

Exercices de l'OTAN en Géorgie: le Kazakhstan décline l'invitation

ASTANA, 21 avril - RIA Novosti. Le Kazakhstan ne participera pas aux exercices militaires Cooperative Longbow/Cooperative Lancer 2009 de l'OTAN qui se dérouleront en Géorgie du 6 mai au 1er juin, a annoncé mardi à Astana le ministre kazakh de la Défense Danial Akhmetov.

"Nous sommes trop occupés pour cela", a indiqué le ministre à l'agence News Kazakhstan avant de noter qu'il s'agissait de la décision définitive du Kazakhstan.

Organisées sous l'égide de l'OTAN, les manoeuvres multinationales réuniront quelque 1.300 militaires de 19 pays membres de l'OTAN et de leurs partenaires. Selon un porte-parole de l'Alliance, Robert Pszczel, il s'agit d'exercices d'état-major qui se dérouleront sans faire usage d'armes ni de matériel de guerre.

Le président russe Dmitri Medvedev a estimé que la décision de l'OTAN de tenir des manoeuvres en Géorgie ne contribuerait pas au rapprochement entre la Russie et l'Alliance atlantique. Le représentant permanent de la Russie auprès de l'OTAN Dmitri Rogozine a demandé à l'OTAN d'annuler les exercices qui avaient un caractère provocateur et étaient loin d'améliorer les relations Russie-OTAN. M.Rogozine a également prévenu que Moscou ne participerait pas à la réunion du Conseil Russie-OTAN au niveau des chefs d'État-major programmée pour le 7 mai à Bruxelles si l'Alliance organisait ses exercices en Géorgie.

Energie. La Caspienne : une mer, des enjeux

Par : Y. Mérabet*

La mer Caspienne pourrait devenir le prochain lieu de conflits internationaux. Une enclave au milieu de l'Asie centrale, oubliée de tous jusqu'à la fin de la guerre froide et de l'éclatement de l'ex-Union Soviétique. La récente découverte de gisements d'hydrocarbures et l'apparition de trois autres pays frontaliers en font une zone névralgique à intérêts tous azimuts.

La mer Caspienne

Située au sud du Caucase et au nord de l'Iran, la Caspienne, qui est la plus grande mer fermée du monde avec une superficie d'environ 374.000 km2, occupe une dépression de 1.000 km de long dans laquelle se déversent de grands fleuves comme la Volga et l'Oural. Elle dispose de ressources offshores en hydrocarbures qui, selon les dernières estimations, la situeraient derrière le Golfe persique et à égalité avec la mer du Nord, et est également réputée comme la principale zone de production mondiale de caviar. Jusqu'en 1991, l'URSS et l'Iran détenaient la majeure partie de ces richesses.

Depuis la disparition de l'Union soviétique, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan prétendent à une part des ressources énergétiques dont l'exploitation est confrontée à un double problème: le partage entre pays riverains, ce qui implique un nouveau statut de la mer Caspienne, et l'acheminement des hydrocarbures depuis une zone particulièrement enclavée, nécessitant de coûteuses infrastructures de transport. Malgré leur importance relative, les réserves en hydrocarbures de la mer Caspienne pourraient contribuer à répondre à la croissance des besoins mondiaux en énergie dans les dix ans à venir. La région de la mer Caspienne contiendrait entre 6% et 10% des réserves mondiales de gaz naturel.

L'Iran, l'entrave de l'enjeu

L'intérêt principal américain dans cette histoire est de diversifier ses approvisionnements en énergie afin d'avoir une alternative face aux pays de l'OPEP et de maîtriser les véhémences énergétiques chinoises sur les richesses de mer Caspienne. Dans le transport de ces matières premières qui ne se feront que par pipeline, les Etats-Unis sont confrontés au grave dilemme de passer par l'Iran, considéré comme une entrave pour l'économie américaine et dont la loi d'Amato (1996) prévoit de ne pas investir plus de 40 millions de dollars dans les hydrocarbures, autant dire rien du tout. Passage obligé des approvisionnements européens, mais aussi américains, en effet, traverser l'Iran reviendrait à réduire les coûts d'acheminement de manière drastique. Détourner l'Iran en passant par l'Afghanistan, c'est enliser le monde dans une guerre infernale et accentuer la crise économique mondiale. Le statut juridique de la Caspienne est un grave sujet de discorde entre les pays riverains, sur la question de savoir s'il s'agit d'une mer ou d'un lac. En effet, en droit international, l'utilisation des ressources d'un lac ne peut se décider qu'à l'unanimité des pays riverains, alors que chaque Etat riverain se voit attribuer des zones dont il est libre d'exploiter les ressources à sa convenance dans le cas d'une mer. De plus, s'il s'agit d'un lac, les richesses offshores sont réparties en cinq parts égales, alors que s'il s'agit d'une mer les eaux territoriales ne dépassent pas 12 miles, soit un peu plus de 22 km.

Lors du 2ème sommet des pays de la mer Caspienne, à Téhéran, les chefs d'Etat des cinq pays riverains de la Caspienne
Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Turkménistan, Russie- tentent de trouver un accord sur leurs frontières maritimes. L'Iran et le Turkménistan sont opposés à une attribution des eaux en fonction de la longueur des côtes, qui les désavantagent, et optent pour un partage de la mer en cinq parties égales. L'Azerbaïdjan et le Kazakhstan, qui possèdent, pour leur part, de longues côtes, refusent cette option. Ce sommet a été marqué par la présence, en Iran, du président russe Vladimir Poutine, 32 ans après celle de son prédécesseur, Léonid Brejnev, alors président de l'Union soviétique. La déclaration finale apporte un soutien implicite au programme nucléaire iranien et engage les participants à ne pas autoriser l'utilisation de leur territoire par un tiers, pour une agression contre l'un d'entre eux. La mer Caspienne est apparue, au cours de la dernière décennie, comme l'une des zones du globe les plus prometteuses en termes d'investissements et de développement pétroliers.

Cette mer intérieure, fortement enclavée, est le centre d'une très forte concurrence internationale tant pour le développement des gisements offshore que pour la maîtrise des voies d'accès à ces nouvelles ressources. Malgré leur importance relative, les réserves en hydrocarbures de la mer Caspienne pourraient contribuer à répondre à la croissance des besoins mondiaux en énergie dans les dix ans à venir.

Statut de la mer Caspienne

Les pays voisins de la Caspienne militent avec fraternité pour un statut correspondant le mieux à leurs intérêts du moment qui évoluent avec la localisation de nouveaux gisements. Qu'importe son appellation mer Caspienne ou lac Caspien.

-Si l'étendue d'eau est considérée comme une mer, alors, selon le droit maritime international, les ressources énergétiques doivent être mises en commun par les pays frontaliers. Ce statut arrange donc grandement les affaires russes pour qui le pétrole est la principale source de revenus (70% des recettes fiscales) et iraniennes qui restent une des voies privilégiés du passage des oléoducs.

- Si la Caspienne est considérée comme un lac, alors chacun des pays reçoit son lopin de propriété mais, manque de chance pour la Russie, la maigre partie attribuée dans ce cas serait vide de tout gisement. Cette codification juridique avantage évidemment les intérêts des trois pays déjà cités mais également des Etats-Unis pour qui ce bassin énergétique reste la dernière zone encore vierge que convoitent les Américains.

Les principaux acteurs

-1- La Russie, avec 5% des réserves mondiales de pétrole, dont les deux tiers des réserves se trouvent en Sibérie et l'autre partie dans la région de la Volga, maîtrise la technologie nécessaire au transport d'hydrocarbures. Son principal soucis, c'est de sécuriser les acheminements pétroliers et gaziers vers l'Europe, d'où le rôle central de la Géorgie par laquelle transite tout le pétrole et le gaz russe. Malgré l'effondrement du bloc communiste, la Russie reste très influente sur ses anciennes possessions, de la même manière que les Etats-Unis sur le front de l'Amérique Centrale, par l'apport de capitaux, l'effacement des dettes… L'objectif, bien évidemment inavoué et évident de la Russie, c'est de retarder la mise en valeur de ces gisements de la mer Caspienne avec le consentement de l'Iran pour éviter que les cours mondiaux ne chutent inévitablement et les recettes fiscales de la Russie et de tous les pays qui exploitent le pétrole de la Caspienne aussi.

-2- L'Europe qui s'enlise dans cette incertitude de pouvoir mener à bien le combat de la diversification des ses approvisionnements énergétiques, se cherche encore dans cette crise sous l'ombre protectrice des Américains. Les monopoles publics sur la distribution de gaz et d'électricité sont amenés à disparaître dans toute la communauté européenne. La déréglementation généralisée de ces services va donc permettre à d'autres fournisseurs de s'implanter sur un marché difficile. D'autres opérateurs concurrentiels des actuelles entités publiques vont devoir construire leurs propres infrastructures, donc trouver de nouveaux partenaires et débouchés en Afrique du nord, Afrique de l'Ouest et probablement dans la Caspienne.

-3- La Chine. Le rouleau compresseur économique chinois, 2è consommateur d'énergie derrière les Etats-Unis, est en train d'ériger le plus grand oléoduc transcaspien jamais construit: le projet Irkoutsk-Daqing. Ne pouvant compter sur la Russie, la Chine se voit accorder des investissements faramineux au Kazakhstan pour le développement de ce projet reliant les deux pays. Cette implantation en mer Caspienne revêt également d'un intérêt autre que financier: le Groupe de Shanghai (1996) a pour but d'évincer les Etats-Unis de cette région afin de faire poids face à l'Oncle Sam dans la course à l'or noir.

-4- Les Etats-Unis: L'intérêt principal américain dans cette histoire est de diversifier ses approvisionnements en énergie afin d'avoir une alternative face aux pays de l'OPEP et de maîtriser les véhémences chinoises. Dans le transport de ces matières premières, les Etats-Unis sont confrontés au grave dilemme de passer par l'Iran, considéré comme rogue state (état voyou) et dont la loi d'Amato (1996) prévoit de ne pas investir plus de 40 millions de dollars dans les hydrocarbures, autant dire rien du tout. En effet, traverser ce pays reviendrait à réduire les coûts d'acheminement de manière drastique. La loi Amato-Kennedy a été adoptée par le Congrès américain le 8 aout 1996 et vise les Etats progressistes arabo-musulmans qui s'opposent à la domination américano-occidentale et les Etats qui auront la volonté d'acquérir une arme nucléaire de dissuasion pour protéger leur économie et leur hostilité à Israël. Elle donne au président américain d'avantage de pouvoir dans l'application des sanctions économiques et lui donne le devoir de punir tout investissement supérieur à 40 millions de dollars par an, qu'il soit américain ou non, effectué. Les sanctions économiques, comme embargo et boycott, exercées généralement par les pays développés contre les PED pour les écraser, à cette loi s'ajoutent encore des actes plus terroristes pour plier les PED afin de s'accaparer de leurs richesses, c'est les pays les plus riches qui dictent leurs lois aux plus pauvres.

-5- Le Japon: 3è consommateur d'énergie au monde, la dépendance énergétique du Japon n'est plus à prouver. Ces nouveaux débouchés énergétiques caspiens intéresseraient donc fortement les îles nippones par la construction d'un oléoduc reliant Angarsk (Sibérie) à Nakhodka (extrême Est russe, relié à Yokohama). D'où une entente tacite entre les deux pays sur l'évolution du statut juridique de la mer Caspienne.

Conclusion

La Caspienne, un grand enjeu pétrolier dans lequel s'affrontent les grandes puissances internationales, fait de la mer Caspienne le casse-tête diplomatique de demain. Trois chemins de transport se profilent à l'horizon, le passage par l'Iran, la Russie ou la Turquie. Face à une pénurie qui se marque, une demande en pétrole de plus en plus forte et à l'augmentation de son prix, l'extraction du sol Caspien pourrait devenir la bombe à retardement géopolitique de ces prochaines années.


Y. Mérabet est Expert en énergie
Algerian Society For International Relations

Publie le 21 avril 2009 par nassim sur www.algerie-focus.com