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dimanche 10 mai 2009

Amiante : le Kazakhstan écoute l’Europe.

Par paris côte d'azur

Second producteur mondial et gros consommateur d’amiante, le pays se dit prêt à prendre des mesures pour lutter contre les risques de pollutions liés à son exploitation et à son utilisation.
Une Conférence Internationale d’Experts de Haut Niveau sur le thème « Amiante et POPs - politiques et pratiques au Kazakhstan et dans l’Union Européenne » s’est tenue à Astana, du 20 au 21 avril dernier. Elle a réuni pour la première fois 75 participants - représentants du Gouvernement, de l’Industrie de l’amiante, experts scientifiques, représentants de l’OMS et organisations non gouvernementales – venus débattre de stratégies en matière d’amiante et de POPs (polluants organiques persistants).
L’amiante est un sujet sensible au Kazakhstan. Quelques 220.000 tonnes métriques y sont produites chaque année. À l’heure actuelle les matériaux contenant de l’amiante sont utilisés sans restriction dans les lieux publics comme les hôpitaux, les écoles et les crèches, et d’autres matériaux.
Or, comme l’a souligné Ivan Ivanov, membre de l’OMS, le Centre International de Recherches sur le Cancer a confirmé une nouvelle fois que l’amiante était cancérigène, les poumons, le larynx et les ovaires étant particulièrement à risques. Il existe pourtant des alternatives à l’utilisation de l’amiante chrysolite, alors qu’à cause du manque de ressources disponibles les opérations de désamiantage sont rarement envisagées.
Par ailleurs, la 95ème Conférence Internationale sur le Travail a adopté une résolution sur l’amiante appelant à mettre fin à l’utilisation de toutes les formes d’amiante, l’OIT estimant en effet à environ 100.000 le nombre de décès des suites des maladies liées à l’amiante dans le monde.
Comme pour encourager le Kazakhstan à rejoindre les 40 pays qui ont interdit l’utilisation de l’amiante, plusieurs responsables européens ont dressé le bilan de la situation dans leur propre pays. Ainsi, Alain Couanon, Ambassadeur de France, soulignait que l’amiante était la première cause de cancer professionnel dans son pays et que la mortalité avait dépassé 35.000, et pourrait même atteindre les 100.000.
Les participants ont adopté une Résolution recommandant au gouvernement du Kazakhstan la mise en place d’un Programme National d’Elimination des maladies liées à l’amiante, avec le soutien de l’Organisation Mondiale de la Santé.
Pour Sascha Gabizon, directrice de Women in Europe for a Common Future : « Voir que les habitants de villages du Kazakhstan dans lesquels nous mettons en œuvre des projets d’eau potable et d’assainissement, découpaient des plaques d’amiante dans leurs jardins, avec des enfants qui jouaient autour, nous a fortement dérangées. J’ai maintenant l’espoir que dans un laps de temps très court, le gouvernement kazakh entreprendra de réglementer les déchets à base d’amiante, l’utilisation de l’amiante par la population, et en interdira l’utilisation comme matériau de construction dans les écoles et les crèches ».
cette conférence d’experts a été organisée par le réseau WECF- Women in Europe for a Common Future- réseau européen d’organisations environnementales et féminines, et son organisation partenaire au Kazakhstan Eco Forum. Elle a été financée grâce au soutien de la Commission Européenne au Kazakhstan et du Ministère de l’Environnement allemand.

A.D.
www.pariscotedazur.fr – mai 2009 – magazine fondé en 1959

Des prisionniers kazakhstanais à Guantanamo ?

Selon les chiffres fournis, mercredi 6 mai, par le Pentagone, Guantanamo compte encore 241 détenus originaires de 30 pays : « environ » 100 Yéménites et 25 Afghans ; 17 Chinois ouïgours ; « environ » 20 Algériens (dont Lakhdar Boumediene, qui sera accueilli en France) ; une douzaine de Saoudiens. Les autres sont originaires de 25 pays, dit encore le Pentagone sans autre détail. Chaque nationalité compte de 1 à 5 détenus, dont un natif de la bande de Gaza, un de Cisjordanie, « quelques » Marocains, Libyens et Syriens et un Ouzbek.

Centre pour les droits constitutionnels

Selon cette organisation non gouvernementale basée à New York, qui représente plusieurs détenus, certains viennent aussi des pays suivants : Azerbaïdjan, Bosnie, Canada, Egypte, Emirats arabes unis, Indonésie, Irak, Kazakhstan, Kenya, Koweït, Malaisie, Mauritanie, Pakistan, Russie, Somalie, Soudan, Tadjikistan, Tanzanie, Tchad et Tunisie.

(AFP)
Eurokaz : Le site contreinfo.info nous apprend qu'il y en aurait 3.

Boxe professionnelle : Shumenov, le surdoué mate Mitchell !

Le nouvelle sensation kazakh des poids mi-lourds Beibut Shumenov (25 ans ; 188 cm ; 8 victoires, dont 6 avant la limite), déjà vainqueur aux points du Colombien Epifanio Mendoza et de l'États-Unien Montell Griffin, a remporté samedi la victoire la plus importante de sa carrière en battant par knock-out technique au quatrième round l'ancien double champion du monde américain Byron Mitchell (35 ans ; 182 cm ; 27 succès, dont 20 expéditifs, 1 nul, 5 défaites), lors du combat vedette d'un combat qui fut organisé au « Khadjimukan Stadium » de Chimkent (Kazakhstan). Beibut a conquis la couronne vacante de la catégorie IBA, et a défendu ses titres WBO Asie-Pacifique, WBC Asie Boxing Council et par intérim PABA. Comme si ça ne suffisait pas, le voilà classé dans le top dix du WBC et de la WBA.Dès l'entame de la confrontation, Shumenov et Mitchell ont mené une lutte au leadership intense lors des trois premiers rounds, qui se sont avérés assez égaux. Mais, dans le quatrième épisode, la physionomie des débats a changé du tout au tout. En effet, le Kazakh a commencé à dominer Mitchell, ex-double adversaire du Français Bruno Girard, avec sa force de frappe. A mi-round, le boxeur qui réside à Ozark, Alabama, s'est retrouvé au tapis sur une combinaison des deux mains au corps. Mitchell s'est relevé et a repris le combat, mais il n'a pas résisté à l'attaque de Shumenov et son coin a sagement jeté l'éponge ou la serviette, c'est selon.
Fédération française de boxe

INDE/KAZAKHSTAN : signature d'un accord de coopération nucléaire

L’Inde va signer en juin un accord nucléaire civil avec le Kazakhstan, a déclaré le ministère indien des Affaires étrangères. ”Selon cet accord qui sera signé en juin, l’Inde va acheter de l’uranium et des technologies au Kazakhstan en vertu d’une large structure de l’accord intergouvernemental pour la coopération dans l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire”. ”Outre l’alimentation en combustible et le transfert de technologie, l’accord comprendra la construction de petites et moyennes centrales électriques en Inde”. L’Inde a déjà signé des accords de coopération nucléaire avec les Etats-Unis, la Russie et la France. L’accord avec le Kazakhstan constituera le premier accord nucléaire signé par l’Inde avec un autre pays depuis la levée de l’embargo par le Groupe des fournisseurs nucléaires contre l’Inde en septembre 2009, lui permettant d’effectuer ces opérations.

samedi 9 mai 2009

L’Europe porte son projet de gazoduc Nabucco à bout de bras

Un mini sommet européen réunissait à Prague les acteurs du projet Nabucco.

De notre correspondant à Bruxelles
Nabucco, ce projet fétiche de la Commission européenne, censé permettre aux Vingt-Sept de réduire leur dépendance à l’égard du gaz russe, a reçu ce vendredi un nouveau soutien politique de la part des pays producteurs et de transit intéressés à la construction du chantier : 3 300 kilomètres de tuyaux branchés en amont sur les champs de la mer Caspienne, puis s’étirant du plateau anatolien jusqu’à la grande station de pompage autrichienne de Baum­garten, via la Bulgarie, la Roumanie, et la Hongrie. Le tout pour un coût d’environ 8 milliards d’euros.
Réunis à Prague, les représentants de l’Union européenne, de la Turquie, et de l’Azerbaïdjan, qui prévoit d’injecter 8 milliards de mètres cubes à partir de 2013, rejoints par la Géorgie et l’Égypte ont signé une déclaration commune visant à promouvoir, au sud du continent, un tracé alternatif du gaz, baptisé «nouvelle route de la soie», dont Nabucco constitue le pilier.
Pays producteurs peu fiables
Mais de la parole aux actes, le chemin reste escarpé, surtout en période de crise. La Turquie monnaye âprement sa situation géographique, qui en fait le principal pays de transit. Son président, Abdullah Gül, s’est engagé à achever, avant juillet 2009, un premier cycle important de négociations sur Nabucco. Et s’efforce en parallèle d’obtenir de Bruxelles une accélération des négociations d’adhésion avec l’UE.
Par ailleurs, les Vingt-Sept tentent de remédier à ce qui reste la principale faiblesse de leur projet : l’insuffisance, voire l’absence de pays producteurs fiables capables d’alimenter le gazoduc. Ce vendredi, trois d’entre eux, le Turkménistan, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, présents à Prague à un faible rang protocolaire, ont refusé de signer la déclaration commune. Le Turkménistan, en particulier, se déclare prêt, dans le futur, à livrer, «physiquement», 10 milliards de mètres cubes à sa frontière, mais refuse d’adopter les standards commerciaux élaborés à Bruxelles. Parallèlement, l’Europe courtise l’Irak, qui abrite l’une des dix plus grosses réserves mondiales de gaz, et souhaite signer avec Bagdad un «protocole d’accord énergétique». Mais le pays est loin d’être stabilisé.
Enfin, le développement de Nabucco est freiné par l’opposition de la Russie, qui voit dans ce tracé, court-circuitant son territoire, un concurrent direct de son propre projet de gazoduc, North Stream, qui dessert le nord de l’Europe et l’Allemagne via la mer Baltique. Présent à la réunion comme observateur, le vice-ministre russe de l’Énergie, Anatoli Yanovsky, voit dans Nabucco un projet «moins efficace et plus cher».
Même des gaziers européens, comme GDF Suez, préfèrent s’appuyer sur des décennies d’étroite coopération politique franco-russe, plutôt que de tenter l’aventure.
» Gazprom se voit empereurdu gaz en Europe

Pierre Avril

vendredi 8 mai 2009

Les pays clefs pour l'approvisionnement de Nabucco se retrouvent à Prague

Romandie News

PRAGUE - Les responsables de pays clefs pour réaliser les gazoducs censés réduire la dépendance en gaz russe de l'Europe - dont l'ambitieux projet Nabucco - se retrouvent vendredi à Prague pour envoyer "un signal politique fort" de soutien à ces projets.
Ces gazoducs doivent permettre de relier les pays consommateurs européens aux gisements gaziers de la mer Caspienne, via le Caucase et la Turquie.
"Comme autrefois, la Communauté du charbon et de l'acier a donné naissance à l'Union européenne, maintenant avec le pétrole et le gaz nous devons assurer qu'il y a un lien entre l'UE et la région de la Caspienne", a souligné le Premier ministre tchèque sortant Mirek Topolanek, dont le pays préside l'UE, en arrivant à la réunion.
Selon lui, ces projets de gazoducs dits du "Corridor Sud" constituent une "nouvelle Route de la Soie".
"Evidemment, si (le Corridor Sud) est construit autour d'un projet bien précis tel que Nabucco, cela permettra d'accélérer les choses", a ajouté M. Topolanek.
"Nous devons envoyer un signal politique fort que l'UE et les pays de la nouvelle +Route de la Soie+ lancent une coopération qui pourrait mener à plus de diversification des ressources énergétiques et plus de coopération énergétique", a renchéri le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra.
"Nous devons réunir les pays consommateurs comme l'UE, les pays fournisseurs comme l'Azerbaïdjan, le Turkménistan et les pays de transit comme la Turquie", a-t-il ajouté.
De tous les projets de gazoducs envisagés, Nabucco, un tuyau de 3.300 km qui doit relier les gisements de la Caspienne à l'Autriche via la Turquie, est le plus ambitieux.
Mais le projet peine à trouver des investisseurs pour apporter les 7,9 milliards d'euros estimés nécessaires à sa mise en oeuvre, une situation aggravée par la crise économique.
Selon un projet de déclaration qui devrait être adoptée vendredi, les pays présents marqueront leur intention de "dépasser les principaux obstacles commerciaux et non commerciaux restants, en se mettant d'accord sur une stratégie progressive commune, sur des engagements individuels des pays concernés".
La Turquie et les pays européens concernés devraient aussi se promettre de boucler un accord intergouvernemental sur Nabucco pour signature "d'ici juin 2009".
Un accord intergouvernemental doit aussi être signé concernant un projet turco-grec plus modeste, ITGI, entre des pays de l'UE, les pays de transit et de fourniture de gaz concernés par le projet.
Mais l'échéance de fin 2009 mentionnée dans une première mouture de la déclaration a été biffée.
Sont présents à ce mini-sommet: pour l'UE, M. Topolanek, le président de la Commission europénne José Manuel Barroso et le diplomate en chef Javier Solana; le président turc Abdullah Gül - dont le pays mène des négociations dures avec l'UE sur un accord régissant le transit de gaz par son pays; ses homologues azerbaïdjanais Ilham Aliev et géorgien Mikheïl Saakachvili; et des ministres et vice-ministres kazakh, turkmène, ouzbèke et égyptien.
Le vice-ministre russe de l'Energie, Anatoli Ianovsky, le ministre ukrainien de l'Energie Iouri Prodan, et le représentant spécial des Etats-Unis pour l'énergie eurasiatique, Richard Morningstar, participent également à la réunion en tant qu'observateurs.
(©AFP / 08 mai 2009 10h30)

En moins de vingt ans, la Chine a rattrapé l'influence économique russe en Asie centrale

Entretien avec Thierry Kellner, spécialiste de l’Asie centrale et auteur de L'occident de la Chine. Pékin et la nouvelle Asie centrale (1991-2001) (622 pages, PUF, 2008).

La présence chinoise en Afrique fait couler beaucoup d'encre. Moins connu du grand public, l'intérêt de Pékin pour l'Asie centrale est pourtant de plus en plus prononcé. Pourquoi la Chine s'intéresse-t-elle d'aussi près aux cinq républiques musulmanes centrasiatiques nées des décombres de l'URSS ?
Dès 1991, Pékin se tourne vers l’Asie centrale pour des raisons d’abord sécuritaires. La Chine craignait que les mouvements séparatistes ouïgours de la province autonome du Xinjiang ne puissent trouver une base arrière, voire une assistance auprès des populations d'Asie centrale – lesquelles partagent avec les Ouïgours des affinités culturelles, linguistiques, religieuses, et même parfois ethniques puisqu'il existe une minorité ouïgour importante au Kazakhstan et au Kirghizistan-.
Outre ce défi sécuritaire, la naissance de républiques indépendantes à ses frontières offrait à la Chine des opportunités économiques de taille. Pékin décide très vite d'ouvrir le pays et plus particulièrement la province du Xinjiang au commerce avec l’Asie centrale.
Le temps passant, la Chine réalise que d'autres opportunités s'ouvrent également à elle dans la région. C'est le cas dans le domaine de l'énergie. Dès la fin des années 90, les compagnies chinoises commencent à s'intéresser et à investir au Kazakhstan. Pékin s’intéresse également au gaz turkmène. Mais il faudra attendre la période post-11 septembre pour que les choses commencent à bouger dans ce domaine.
En 2001, les attentats du 11 septembre et le déploiement militaire américain en Afghanistan changent considérablement la donne dans la région. Comment la Chine réagit-elle ?
Pékin est comme tout le monde pris de court. D’autant plus que le jour même des attentats du 11 septembre, la Chine s’apprêtait à signer un traité commercial avec le régime des Taliban, ce qui la plaçait dans une situation pour le moins particulière…
La pénétration américaine en Asie centrale, dans le cadre des opérations en Afghanistan, ébranle les objectifs poursuivis par la République populaire depuis le début des années 90, à savoir sécuriser cette arrière-cour et y limiter l'influence des puissances extra-régionales au premier rang desquelles les Etats-Unis. Alors que la Chine s’évertuait depuis près de dix ans à développer des relations de proximité avec les républiques d'Asie centrale, ces dernières décident du jour au lendemain de s'aligner sur les objectifs américains, en offrant dans certains cas des facilités militaires aux Etats-Unis.
Qu’importe, Pékin fait contre mauvaise fortune bon cœur. Mieux, elle s’adapte. D'abord en s'associant à la guerre contre le terrorisme menée par Washington - ce qui lui permet au passage de légitimer ses propres objectifs au Xinjiang en présentant les organisations nationalistes ouigours comme étant proches de Ben Laden et d'Al-Qaïda-. D'un autre côté, Pékin réactive sa politique étrangère à l'égard des partenaires centrasiatiques. Un activisme diplomatique qui se traduit par une multiplication des visites réciproques et la relance de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS).
Aujourd’hui, l’Organisation de Coopération de Shanghai fonctionne pourtant a minima…
Au moment du 11 septembre, l’organisation commençait seulement à se mettre en place – elle a été fondée en juin 2001-. Huit ans plus tard, on se rend compte que l'Organisation est toujours là, que des réunions sont régulièrement organisées et qu’elle s’est davantage institutionnalisée. L'OCS reste un forum de dialogue très utile pour l'Asie centrale, la Russie et la Chine. Mais il est vrai qu’en matière de réalisations concrètes, la coopération reste minimale. Dans le domaine de la lutte anti-terroriste par exemple, malgré des rencontres au niveau des administrations chargées de la lutte anti-terroriste dans le cadre du « Groupe de Bichkek » et la tenue d’exercices militaires réunissant la Chine, la Russie et leurs partenaires centrasiatiques, la coopération reste frileuse.
L’OCS ressemblerait donc davantage à une coquille vide ?
Pas totalement. Je vous rappelle qu’à travers l'OCS, la Chine a par exemple offert 900 millions de dollars de crédits préférentiels aux républiques d'Asie centrale, dont ont bénéficiés notamment le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizistan. Ces fonds ont permis de financer toute une série de projets en matière d'infrastructures routières, de tunnels, ou encore une centrale thermique au charbon.
Derrière, l’objectif est double : ces crédits servent à financer des travaux réalisés en grande partie par des entreprises chinoises et par ailleurs, les voies de communication s'améliorant dans ces pays, elles permettent une plus grande pénétration des intérêts économiques chinois...
Résultat, depuis 2001, le commerce chinois dans la région a littéralement explosé. Quelles sont les tendances lourdes ?
En l’espace de quelques années, la Chine est devenue l'un des principaux partenaires économiques du Kazakhstan qui représente 70 % du commerce sino-centrasiatique. Astana est le principal partenaire de Pékin dans la région et le second après la Russie dans l’espace de la CEI.
Parallèlement, une nouvelle dynamique régionale s’est mise en place : la République kirghize se transforme progressivement en plaque tournante pour le commerce régional de produits de consommation chinois. Ils transitent sur les marchés kirghizes, notamment ceux de Dordoï, à quelques kilomètres au nord de la capitale Bichkek, et de Karasuu, avant de reprendre la route vers l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, et même au-delà vers le nord de l'Afghanistan et peut-être jusqu’en Iran.
N'est-ce pas le signe que Pékin est en passe de détrôner l'influence de Moscou dans une région que la Russie considère pourtant encore comme sa sphère d'influence naturelle ?
En moins de vingt ans, la Chine a rattrapé l'influence économique russe dans une région qui était pourtant sous son influence depuis un siècle et demi. En 2007, le total des échanges de la Russie avec les cinq républiques d’Asie centrale a atteint 22,1 milliards de dollars contre 19,6 pour la Chine ! La progression des échanges avec Pékin a été extrêmement rapide depuis 2001. C'est un signe fort, celui du dynamisme de l'économie chinoise. Et encore, la coopération économique sino-centrasiatique n’a pas atteint son plein développement. Les possibilités de renforcement des échanges sont très nombreuses, à commencer par le secteur des matières premières et particulièrement des hydrocarbures. Avec la mise en place du dernier tronçon d’oléoduc qui reliera les champs kazakhs de la Caspienne au territoire chinois mais aussi le jour où le gaz turkmène arrivera jusqu'en Chine, le poids de Pékin en Asie centrale deviendra encore plus massif !
La pénétration économique chinoise dans la région irrite certainement Moscou qui craint d’être marginalisé à termes par le dynamisme économique de la Chine. Mais pour l'instant, les Russes continuent à privilégier leur coopération avec Pékin. Avec leurs partenaires centre-asiatiques, outre un regain d’activisme économique –notamment dans le secteur énergétique- sous les présidences Poutine, ils jouent la carte de la sécurité pour maintenir leur influence. Dans ce domaine, ils restent les acteurs numéro 1, notamment par le biais de leur coopération bilatérale dans le domaine militaire mais aussi grâce à l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) qu’ils dominent et dont Pékin n’est pas membre. Pour ménager les susceptibilités russes, la Chine s'est de toute façon gardée de trop avancer sur ce terrain.
Les élites de la région ne craignent-elles pas une trop forte dépendance de la Chine ?
Il existe bien entendu des craintes latentes au sein des élites centre-asiatiques vu le différentiel de puissance entre Pékin et ses voisins et les incertitudes quant à ses intentions dans le futur. Mais jusqu’à présent, les élites locales ont réussi à jongler avec les différentes puissances en présence, quitte à les renvoyer dos à dos. Au Kazakhstan, dont la politique multi-vectorielle est devenue un exemple à suivre pour pratiquement toutes les républiques centrasiatiques, les dirigeants ont parfaitement su développer et contrebalancer leurs relations avec la Chine, la Russie, les Occidentaux et d'autres partenaires régionaux comme l'Inde. Autre exemple, au moment des « révolutions colorées », quand les pressions occidentales, notamment américaines, sont devenues trop fortes sur le régime ouzbek, ce dernier n’a pas hésité à se retourner vers la Chine et la Russie pour y chercher un soutien diplomatique face à son « partenaire stratégique » américain. Plus récemment, Tachkent a commencé à rétablir ses contacts avec Washington, sans doute parce ce que Moscou était devenu trop pressant…
Sur le plan énergétique, l'Asie centrale n'est-elle pas seulement un moyen pour Pékin de diversifier ses approvisionnements, surtout quand on sait que le premier fournisseur en pétrole de la Chine reste le Moyen-Orient ?
En effet, il ne faut pas présenter l'Asie centrale comme une alternative au Moyen-Orient en terme d'approvisionnement pétrolier ou gazier pour la Chine. En matière d'uranium, les perspectives sont différentes. Le Kazakhstan pourrait devenir un partenaire majeur pour la Chine. Des sociétés chinoises et kazakhes ont récemment développé une vaste coopération pour l’exploitation de l'uranium et la livraison de combustible nucléaire pour les centrales atomiques chinoises. C'est un nouveau secteur de coopération, très porteur.
D'autant que la Chine, pour alimenter sa croissance économique, doit développer ses capacités énergétiques. Immanquablement -vu ses besoins mais aussi les questions environnementales-, elle devra dans les années à venir recourir au secteur nucléaire. Le partenariat avec le Kazakhstan sera alors particulièrement précieux.
Sur quels dossiers les relations entre la République populaire et l'Asie centrale buttent-elles ?
Une des aires de friction concerne la gestion de l'eau, en particulier du fleuve Irtych qui traverse le Xinjiang avant de poursuivre vers le Kazakhstan. Dans le cadre des programmes de développement de la province du Xinjiang, Pékin a mis en place des projets d'irrigation dans lesquels il injecte de l'eau prélevée dans le fleuve Irtych, ce qui inquiète la partie kazakhe.
Autre point de friction, l'émigration chinoise. Les républiques d'Asie centrale redoutent un afflux important de population chinoise. Il s’agit de craintes présentes dans l’opinion publique et les médias, et non d’un phénomène d'actualité. Les Chinois présents en Asie centrale restent peu nombreux. Peut-être 60.000 au Kirghizstan au début 2008 si on en croit le responsable de la surveillance des frontières et quelques dizaines de milliers d’individus au Kazakhstan, mais officiellement il n’y avait que 1.116 citoyens chinois vivant dans ce pays en 2005.
Autre sujet dont la presse française s'est récemment emparé, la location par la Chine de terres arrables au Kazakhstan pour y envoyer ses paysans. De quoi s'agit-il?
La Chine possède une main-d'oeuvre extrêmement nombreuse qu'elle essaye d'utiliser au mieux. C'est vrai au Kazakhstan où elle a envoyé des paysans, mais aussi aux Emirats arabes unis, en Egypte, en Algérie, en Israël, en Afrique et en Europe de l'Est où elle exporte ses ouvriers sur les chantiers de construction. Dans le cas kazakh, la présence de paysans chinois reste anecdotique. Les dirigeants kazakhs sont conscients qu'ils ne peuvent pas ouvrir en grand les portes du pays, au risque d'avoir un flux incontrôlable de main-d'œuvre chinoise. Encore qu’au début des années 2000, certains pensaient qu'il ne serait pas inintéressant d'avoir une minorité chinoise au Kazakhstan pour contrebalancer l'influence de la minorité russe…
Article paru dans l'édition du 08/05/2009 sur www.caucaz.com
Par Célia CHAUFFOUR