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vendredi 2 juillet 2004

Des entreprises albertaines explorent le marché du Kazakhstan

Alberta Economic Development et le Service des délégués commerciaux à Almaty, au Kazakhstan, ont organisé conjointement une mission commerciale sur le pétrole et le gaz naturel au Kazakhstan, qui a eu lieu du 17 au 21 mai 2004. Dix entreprises albertaines offrant une variété de produits et services pour le secteur du pétrole et du gaz naturel ont participé à la mission. Pour leur présenter le marché du Kazakhstan, la section commerciale de l'ambassade leur a donné une séance d'information sur la conduite des affaires dans ce pays et l'ambassadeur Hector Cowan les a invitées à une réception où elles ont pu rencontrer des entreprises canadiennes déjà présentes sur le marché. Le groupe est aussi entré en contact avec plus de 50 entreprises locales à l'occasion de deux séances de réseautage dans les villes d'Almaty et d'Atyrau. Il a de plus rencontré officiellement le gouverneur adjoint de la province d'Atyrau et fait la connaissance d'AGIP KCO, la société d'exploitation chargée de l'important gisement pétrolifère marin au nord de la mer Caspienne. Le dernier volet de la mission a mené le groupe jusqu'à Astana, la capitale, où il a rencontré KazMunayGas, la société pétrolière et gazière d'État du Kazakhstan. Les participants ont aussi fait la connaissance de la Kazakhstan Contract Agency et du Kazakhstan Institute for Oil and Gas, deux sources clés de bons contacts locaux avec qui les entreprises canadiennes peuvent s'associer. Les participants étaient : Flexpipe Systems Inc., GeoAnalytic Inc., Hycal Energy Research Laboratories Ltd., Komex, Masterflo, Precision Drilling, Southern Alberta Institute of Technology, SNC Lavalin, Kvaerner Process Systems Canada, Inc. et Toromont Process Systems Ltd.


L'INDUSTRIE CÔTIÈRE DU KAZAKHSTAN

La plus grande part de la production pétrolière actuelle du Kazakhstan provient des réserves terrestres, situées dans la partie occidentale du pays. Presque toutes les grandes sociétés pétrolières et gazières du monde ont une présence à Atyrau, capitale du pétrole et du gaz dans le pays. On trouve aussi des gisements très connus dans les zones voisines des villes d'Aktau, dans la péninsule de Mangistau, sur la côte orientale de la mer Caspienne, et d'Aksai, dans le Nord, proche de la frontière russe.

Toutefois, le plus connu, et sans doute aussi le plus important, est le gros gisement de Kashagan Nord, découvert il y a quelques années seulement. Avec des réserves estimées à près de 12 milliards de barils de pétrole, il est considéré comme le plus important gisement marin découvert ces 30 dernières années. L'intérêt qu'il présente est accru par son emplacement stratégique dans le couloir est-ouest de transport de l'énergie. Agip KCO, une filiale de l'entreprise italienne ENI, explore actuellement ce gisement. En février 2004, elle a conclu une entente avec le gouvernement du Kazakhstan lui permettant d'entamer dès 2004 la production, à l'origine prévue en 2008.

La plupart des gisements terrestres du Kazakhstan sont exploités depuis de nombreuses années. Par conséquent, afin de conserver et même d'accroître la production de pétrole, le gouvernement a lancé un programme visant à exploiter les gisements marins encore inexploités du nord de la mer Caspienne. Annoncé en juin 2003, le nouveau programme comporte trois volets et vise à faire passer la production pétrolière annuelle du Kazakhstan de 40 millions de tonnes (en 2003) à 150 millions (d'ici 2015) grâce, en majeure partie, aux gisements marins.

Le Kazakhstan produit actuellement environ un million de barils par jour, dont la moitié proviennent de trois importants gisements terrestres situés dans la partie occidentale du pays : Tengiz (exploité par le consortium international Tengizchevroil, dirigé par ChevronTexaco), Karachaganak (exploité par un autre consortium international, celui-ci dirigé par British Gas) et Uzen (exploité par KazMunayGas, la société pétrolière et gazière d'État).


PRINCIPAUX CONTACTS

Des entreprises prospèrent déjà au Kazakhstan, et les tendances actuelles permettent de croire que bien d'autres pourraient y connaître le succès. CNPC, de Chine, et KazMunayGas, du Kazakhstan, ont récemment annoncé le lancement de la construction d'un pipeline de 1 000 km qui reliera le Kazakhstan central et la frontière chinoise d'Alashankou. De nouveaux débouchés s'offrent aussi aux entreprises canadiennes dans le secteur de l'environnement. Le gouvernement du Kazakhstan tient à assurer la sécurité et la protection de la zone écologique du nord de la mer Caspienne, unique en son genre. De plus, les producteurs canadiens au Kazakhstan, comme Petro-Kazakhstan, Nelson Resources, Nations Energy, Aurado Energy et China Energy Ventures, offrent toujours des débouchés. Arthur Iralin, agent de promotion commerciale chargé du secteur du pétrole et du gaz naturel au Kazakhstan, peut fournir les coordonnées d'entreprises canadiennes actives sur le marché, de contacts locaux clés et de grosses multinationales.


SALON DU PÉTROLE ET DU GAZ AU KAZAKHSTAN (KIOGE) DU 5 AU 8 OCTOBRE 2004

Cette année, le Canada tiendra un pavillon au KIOGE. Il s'agit du plus important salon du pétrole et du gaz en Asie centrale et de la principale activité dans ce secteur au Kazakhstan. Pour obtenir de plus amples renseignements sur le salon ou pour savoir comment participer, veuillez communiquer avec Arthur Iralin à mailto:arthur.iralin@dfait-maeci.gc.ca.

samedi 22 septembre 2001

Le Pape au Kazakhstan

En dépit de la tension qui règne en Asie centrale depuis les attentats qui ont visé les Etats-Unis, le 11 septembre dernier, Jean-Paul II entame ce samedi une visite au Kazakhstan, ex-république soviétique, avant de se rendre mardi prochain en Arménie.
Les attentats perpétrés aux Etats-Unis n'ont pas dissuadé Jean Paul II. Conformément au programme annoncé, et malgré le regain de tension sur la scène internationale et particulièrement en Asie centrale, le Pape s'envole ce samedi 22 septembre, au Kazakhstan, pour son 95ème voyage à l'étranger. Du point de vue de la sécurité, cette visite n'aurait pu se dérouler dans un contexte plus délicat. Certes, cette ancienne république soviétique, grande cinq fois comme la France, n'est pas directement frontalière de l'Afghanistan. L'inquiétude n'en est pas moins grande. Le Vatican, conscient de la nouvelle donne, a néanmoins décidé de maintenir cette visite qui devrait offrir au Pape une nouvelle occasion de lancer un message de paix. De donner surtout un signe tangible de dialogue entre chrétiens et musulmans, alors que le spectre d'un conflit international anime les esprits.

Car le Kazakhstan, qui ne compte que 16 millions d'habitants, est un pays à majorité musulmane. D'un islam sunnite fortement teinté de nationalisme et énergiquement laïcisé par la longue occupation soviétique. Un islam modéré au point que les organisateurs du voyage estiment qu'il pourrait y avoir plus de musulmans que de chrétiens à suivre à Astana, la capitale, la venue de Jean Paul II. Mais, à l'instar des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale, la poussée fondamentaliste menace et le président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, redoute explicitement une percée des islamistes sur son territoire, comme c'est déjà le cas au Tadjikistan ou en Ouzbékistan.

Mille mosquées construites depuis 10 ans

En dix ans, depuis l'indépendance acquise en décembre 1991, plus de 1000 mosquées auraient été construites dans le pays, selon un rapport publié à Rome par l'agence catholique Fides. La présence du Pape sera donc fortement chargée de symbole, à l'heure où les bruits de botte se font entendre. On se souvient, à cet égard, de la condamnation répétée que Jean Paul II exprima au moment de la guerre du Golfe, et plus encore à l'égard de l'embargo contre l'Irak. Avec ses nombreuses rencontres avec Yasser Arafat, ce sont autant de gages apportés par le souverain pontife au dialogue avec le monde musulman.

Ce pays situé aux confins de la Russie et de la Chine compte aussi d'importantes minorités ethniques chrétiennes. Les Russes orthodoxes sont les plus nombreux, avec environ 6 millions de fidèles. La communauté catholique est, elle, plus réduite : 300 000 personnes, pour la plupart des Allemands et des Polonais. Durant la seconde guerre mondiale, 800 000 Allemands de la Volga et 100 000 Polonais furent déportés par les soldats de l'Armée Rouge vers ces steppes du Kazakhstan. Paradoxe de l'Histoire : ce sont les répressions staliniennes qui ont, de fait, permis à l'Eglise catholique d'évangéliser ce pays. Le communisme s'est effondré, mais le Pape, malgré sa fatigue de plus en plus évidente à 81 ans, est toujours là. Ce symbole, dans un pays fier de son indépendance, ne manque pas de force. Jean Paul II vient réconforter cette petite minorité catholique. Il devrait, outre des références très probables à la situation internationale, rappeler son message de paix, de dialogue entre les peuples et de liberté religieuse.
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Par Laurent Morino, publié le 22/09/2001 sur rfi.fr

lundi 30 octobre 2000

Conflits caucasiens et bras de fer russo-américain

L'arrivée au pouvoir à Moscou de M. Vladimir Poutine a coïncidé avec un tournant géostratégique décisif pour le Caucase. L'ouverture, le 17 avril 1999, de l'oléoduc reliant Bakou (Azerbaïdjan) au port de Soupsa (Géorgie), sur la mer Noire, met fin à l'hégémonie russe sur l'exportation des hydrocarbures de la Caspienne. Deux séries d'événements - au Caucase sud et en Russie - en démultiplient les effets.

Dès 1993, quand l'Azerbaïdjan commence à négocier les contrats d'exploitation et les voies d'exportation du pétrole avec les compagnies occidentales, un enjeu politique se profile derrière les choix techniques : la sortie des trois Etats sud-caucasiens de la zone d'influence russe, à laquelle ils ont appartenu durant deux siècles. Après l'effondrement de l'Union soviétique, les Etats-Unis sont vite passés, face à la nouvelle Russie, du « containment » (endiguement) au « roll-back » : ils entendent, quoiqu'ils en disent, faire reculer l'influence russe dans le Caucase. Lorsque l'ancien directeur du bureau américain du Caucase et d'Asie centrale, M. Stephen Young, assure que Washington n'entend pas contester les intérêts de Moscou dans le Caucase, ses propos rassurants sont démentis par la réalité.

A preuve plusieurs événements intervenus en 1999. S'alignant sur l'Ukraine et l'Azerbaïdjan qui ne les avaient pas signés, la Géorgie a dénoncé le traité de défense collective des frontières de la Communauté des Etats indépendants (CEI) et le traité de sécurité collective de Tachkent, préférant s'en remettre au parapluie, même distant, de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). Au sommet de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) tenu à Istanbul en novembre 1999, le président Eltsine a signé un accord de démantèlement de deux des quatre bases russes en Géorgie, démantèlement effectivement entamé courant 2000 en dépit des protestations abkhazes et des réticences de l'état-major russe.

Le Guuam (qui regroupe Géorgie, Ukraine, (O)uzbékistan, Azerbaïdjan, Moldavie) contribue également à cette pression sur les marges de la Russie. Sa dernière réunion, à Washington, en mai 2000, a surtout évoqué les questions militaires et de sécurité. De fait, l'Arménie reste, dans le Sud-Caucase, le seul Etat de la CEI intégré dans les organes de coopération militaire avec Moscou. L'assassinat de son premier ministre et du président de son Parlement, en octobre 1999, s'inscrit dans ce contexte. Les Occidentaux exercent une double pression sur Erevan : pour que les Arméniens fassent les concessions nécessaires au règlement du conflit qui les oppose à l'Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh et pour qu'ils choisissent le Main Export Pipeline (MEP), l'oléoduc destiné à exporter le pétrole de la Caspienne vers le port turc de Ceyhan.

Si le bras de fer pétrolier prend une telle importance, c'est bien sûr que l'envol des cours du brut rend toute nouvelle zone de production particulièrement précieuse. Mais l'administration américaine a également contribué à faire monter les enchères en politisant le dossier. Nul hasard si la Central Intelligence Agency (CIA) a présenté le rapport le plus optimiste - totalement irréaliste, jugent les experts - sur les réserves de la zone Caspienne. Et les pressions exercées par Washington et Ankara sur les compagnies afin que celles-ci cofinancent le passage de l'oléoduc via la Géorgie et la Turquie et non via l'Iran ou la Russie - trahissent la priorité donnée aux objectifs politiques sur les intérêts économiques. Car, actuellement, il n'y a pas assez de brut pour rentabiliser la construction et l'exploitation de cet oléoduc.

Or l'oléoduc nord - qui relie, lui, Bakou au port russe de Novorossiisk - a fait l'objet, dès son ouverture en avril 1999, d'attaques en territoire tchétchène, au point qu'il fut momentanément fermé. Puis, en août, les combattants tchétchènes de MM. Chamil Bassaev et Khabib Abd Ar-Rahman Khatab intervinrent au Daghestan : ces opérations visaient bien plus que l'indépendance tchétchène. En proposant la création d'un Etat islamique commun avec le Daghestan, les radicaux reprenaient un projet vieux d'un, voire deux siècles et qui affaiblirait considérablement tout le flanc sud de la Russie. A défaut du soutien des Daghestanais et des autres peuples nord-caucasiens, qui se méfient des velléités hégémoniques des Tchétchènes, ces derniers ont trouvé des appuis dans le monde musulman et peut-être au-delà - encore que l'essentiel de leurs armes soit « fourni » par les soldats russes eux-mêmes.

Prompts à stigmatiser le rôle des « organisations terroristes internationales », les Russes ne sauraient s'étonner de ces interventions dans la région la plus sensible de leur Fédération : n'ont-ils pas, sous la présidence de M. Boris Eltsine, systématiquement exploité les conflits en Abkhazie, en Ossétie et au Karabakh pour tenter de préserver leur influence dans la région, et notamment pour contraindre l'Azerbaïdjan et la Géorgie à entrer dans la CEI en 1993 ? Sans parler des deux guerres en Tchétchénie, où rien ne peut justifier l'ampleur des violences commises contre les populations civiles.

Le retour à la paix implique de véritables négociations politiques, afin que le Caucase puisse retrouver sa pros périté d'autrefois. L'opposition montante entre un axe est-ouest (Azerbaïdjan, Géorgie, Turquie, Etats-Unis) et un axe nord-sud (Iran, Arménie, Russie) ne lui est guère plus favorable que l'enfermement d'hier dans une Union soviétique qui verrouillait sa frontière sud. Pour intégrer ces deux axes, il faut renoncer aux stratégies visant à exclure l'un des acteurs - quel qu'il soit - du fameux « grand jeu ».

Jean Radvanyi et Philippe Rekacewicz le 30 octobre 2000 sur www.monde-diplomatique.fr

samedi 8 novembre 1997

La Conférence de la FAO continue: le Kazakhstan devient Etat Membre

La Conférence de la FAO continue: le Kazakhstan devient Etat Membre, le Ministre de l'agriculture canadien est élu président

Le drapeau du Kazakhstan a été hissé, vendredi 7 novembre, au siège de la FAO à Rome, venant s'ajouter aux 174 autres drapeaux des Etats Membres. L'acceptation de la demande d'admission du Kazakhstan à la qualité de Membre de l'Organisation a été l'un des premiers points traités durant la première journée de la Conférence de la FAO.

M. Olzhas Suleymenov, Ambassadeur du Kazakhstan en Italie (à droite), hisse le drapeau de son pays su siège de la FAO. La 29ème session de la Conférence de la FAO - la plus importante réunion mondiale de ministres et hauts fonctionnaires en matière d'alimentation et d'agriculture et organe suprême de l'Organisation - a été ouverte par le Directeur général de la FAO, M. Jacques Diouf. Le Ministre canadien de l'agriculture et de l'agroalimentaire, M. Lyle Vanclief, a été élu Président de la Conférence....

http://www.fao.org/

vendredi 21 mars 1997

La révolte étouffée des Ouïghours.


A partir d'informations recueillies au Kazakhstan, retour sur les émeutes de février.


Son visage se crispe au moindre bruit suspect. La casquette enfoncée au ras des sourcils, «Anayat» sursaute au milieu de la conversation, qui se déroule pourtant dans une maison «sûre» de la capitale kazakhe, lorsqu'un des hôtes ouvre la porte de manière un peu intempestive" Malgré la peur, il est d'accord pour livrer son témoignage, mais sans dévoiler son nom véritable, ni son âge. «Après ce que j'ai vu, je les sais capables de tout», dit ce commerçant ouïghour originaire de la région de Yining. Frontalière du Kazakhstan, la ville chinoise de Yining (Kuldja en ouïghour) a été début février le théâtre d'une émeute sanglante opposant les populations ouïghoure et han (Chinois de souche). Ces heurts interethniques, les plus graves depuis les années 60, paraissent de nature à affecter durablement les relations tendues entre les populations locales ouïghoures et les Chinois, pour la plupart des colons fraîchement débarqués des provinces de l'intérieur. Attentats. Yining (300 000 habitants), soumis depuis à un couvre-feu, est fermé aux observateurs étrangers. Tout journaliste s'y rendant risque l'arrestation et l'expulsion. Le gouvernement du Xinjiang a fait état de 10 morts et de 132 blessés. Un bilan très irréaliste aux dires de ce témoin direct rencontré par Libération. L'émeute antichinoise de Yining, qui a duré plusieurs jours, aurait fait initialement au moins une centaine de morts, voire bien davantage. Le nombre des victimes a ensuite grossi, de nombreux suspects arrêtés ayant été exécutés ou torturés à mort par la police (composée surtout de Han, mais aussi de Ouïghours) et l'armée chinoise. Les trois attentats à la bombe survenus le 25 février dans des bus de la capitale du Xinjiang, Urumqi (9 morts, 74 blessés), ont été présentés par l'une des organisations ouïghoures en exil au Kazakhstan, le Front national uni révolutionnaire du Turkestan oriental (Fnur), comme une «réponse» au «massacre» de Yining .


A la lumière de ce témoignage, recoupé en partie par les informations émanant de plusieurs organisations ouïghoures basées à Almaty, juste de l'autre côté de la frontière chinoise, Libération a tenté de reconstituer le plus fidèlement possible les événements de Yining. Les membres du Parti communiste de cette ville ont été convoqués à une réunion le 27 janvier. Il fut expliqué que, des «éléments criminels ouïghours» se cachant dans la ville, la police allait procéder à une perquisition de toutes les habitations ouïghoures. L'opération a été émaillée d'arrestations arbitraires. Dans la nuit du 3 au 4 février, en pleine fin de ramadan, une patrouille de police arrive pour perquisitionner une mosquée où prient des femmes ouïghoures. Alors qu'ils font évacuer les lieux, les protestations fusent et certaines femmes s'en prennent aux policiers, qui sortent leurs armes. L'un d'eux fait feu avec son pistolet, tuant l'une d'elles. La ville apprend la nouvelle le lendemain. Les Ouïghours, très majoritaires à Yining, se massent en trois groupes, qui convergent alors devant le commissariat central. Là, ils brandissent trois banderoles rédigées en ouïghour: «Il n'y a pas d'autre Dieu qu'Allah et Mohammed est son prophète», «Libérez les gens arrêtés», «Pourquoi s'en prendre uniquement aux Ouïghours». La police se déploie pour protéger le bâtiment officiel. Elle charge tout d'abord à la matraque, puis fait donner le canon à eau, sans parvenir à disperser la foule. Dans la soirée, alors que le flot des manifestants ne cesse de grossir, les policiers sortent leurs fusils automatiques. Les manifestants, surexcités, renversent alors plusieurs véhicules et cassent des vitrines. Les pierres volent. La police ouvre le feu. La chaîne locale diffusera plus tard des images des manifestations ­ une tactique classique visant à effrayer les participants potentiels, qui peuvent être reconnaissables sur les images ­ en précisant que 40 personnes ont été tuées, 39 Han et une jeune fille ouïghoure, «tuée par ricochet»" Le 6 février, craignant que les paysans ouïghours des environs viennent prêter main forte aux émeutiers, la police isole totalement la ville, ainsi que les villages environnants. Tous les fonctionnaires et membres du Parti sont mobilisés pour maintenir les barrages à chaque point de passage. Mais s'estimant incapables de contrôler la situation par eux-mêmes, les autorités locales se décident à demander le renfort de l'armée. Corps torturés. Plusieurs milliers de troupes aéroportées chinoises débarquent dans les rues le 7 février. C'est là qu'éclatent les affrontements les plus graves. Des Ouïghours attaquent des soldats chinois, s'emparent de leurs armes et s'en servent contre les militaires, qui répliquent en tirant sur tout suspect. Les Ouïghours s'en prennent aux civils chinois, tuant de nombreuses personnes. Certaines sources ouïghoures, impossibles à corroborer pour l'instant, font état d'un total de 100 morts chinois et 300 morts ouïghours. Des dizaines de milliers de Ouïghours sont arrêtés, le plus souvent pour vérifier leur emploi du temps le jour des manifestations. La plupart sont relâchés, mais souvent dans un piètre état: jambes cassées, bras cassés, visage tuméfié. Beaucoup sont gardés en détention. Dans les jours qui suivent, la police visite les responsables de quartier pour leur demander de visiter les familles de personnes arrêtées pour leur annoncer que leur parent ­ en général un fils ­ est décédé en détention. La police les prie de «faire un travail idéologique» sur ces familles en calmant leur émotion. Mais la plupart des responsables de quartier, refusent de «préparer le terrain». Une dizaine de cadavres tuméfiés sont rendus aux familles, qui s'insurgent à la vue des corps torturés. Par la suite, une douzaine de cadavres, sans doute des suspects torturés, seront enterrés dans une fosse commune dans un cimetière de la ville, que l'armée garde et interdit d'accès.


Disparus. Nombre de témoins évoquent les cellules ou les suspects sont détenus dans de l'eau glacée jusqu'a la ceinture. Aucune nourriture n'est donnée pendant plusieurs jours. Incapable de dormir, interrogés sans relâche, beaucoup se noient au bout de quelques jours. Alors que la police chinoise se refuse à donner des nouvelles des personnes arrêtées, le nombre des «disparus» se chiffrerait par milliers. A l'heure actuelle, Yining est soumis au couvre-feu, de 19 heures à 7 heures. La ville est patrouillée par des groupes de 6 hommes, 3 armés de matraques et 3 de fusils automatiques. Les populations han et ouïghoures se terrent dans une peur mutuelle. «Les choses ne seront plus jamais comme avant, dit Anayat. Comment Han et Ouïghours pourront-ils jamais cohabiter à nouveau?».


Par Romain Franklin sur www.liberation.fr le 21 mars 1997